CHAPITRE III
porte Saint-Jacques, pendant que, pour éviter Jes soupçons, j'entrais par la porte Saint-Antoine...
— Après? que diable... après, bavard?
— Je veux dire que vous devez avoir en moi une obstinée confiance. Donc, restez ici, attendez-moi, et que j'épouse la Ligue, si je n'avance pas nos affaires celte nuit.
— Quoi ! tu veux que je reste seul, les bras croisés, dans cette baraque enfumée?
— Vous nV serez pas seul, je vous laisse avec le savant alchimiste qui, Dieu me pardonne, vous parle déjà grec ou hébreu, je ne sais.
On entendait effectivement par le conduit de la cheminée une voix aiguë qu'interrompait souvent une petite toux sèche et saccadée; cette voix prononçait des mots bizarres qui arrivaient trèsdistinctement aux deux amis.
— Jolie musique ! dit Gourdon.
— Je vous laisse, vicomte; dans moins d'une heure je serai de retour... Prenez patience, et veuillez m'éclairer, pour que je ne me rompe pas le cou chez M. Balthazar.
Pampelonne chargea Tune des valises sur son dos, serra la main à son compagnon, et disparut dans les détours anguleux et dangereux de l'escalier.
Le vicomte n'avait pas questionné son ami en
50 LE CHEVALIER PE PAMPELONIfE.
le voyant prendre sa valise; il connaissait son homme par cœur, et savait que chez lui tout était minutieusement calculé.
Rentré dans sa chamhre, Gourdon se jeta sur une chaise et prêta l'oreille, pour se distraire, au langage barbare de l'alchimiste. Au bout de quelques instants, le monologue qu'il écoutait cessa; puis, tout aussitôt, il lui sembla qu'une voix répondait à celle qu'il avait jusqu'alors entendue. Quelques mots français lui parvinrent et fixèrent d'autant plus son attention , qu'ils lui parurent prononcés par une femme.
A cette époque, on ne se piquait pas de discrétion comme de nos jours; ceux qui vivaient dans les affaires publiques vivaient entourés d'ennemis qu'ils combattaient par tous les moyens ; tout était de bonne guerre, et on ne s'étonnera pas de voir le vicomte de Gonrdon, type hardi de loyauté chevaleresque, mettre l'oreille aux écoutes comme un écolier ou comme un espion, lorsqu'on se rappellera que sa vie était aventureusement engagée, et que, dans sa position, rien n'était inutile soit à son parti, soit à sa propre sécurité.
Il se glissa donc dans l'àtre de la cheminée et ne perdit pas un mot d'un dialogue qui ne tarda pas à le faire frissonner,
— Trêve de science, au moins pour un me-