‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 114 sur 175 · CHAPITRE III. OÙ · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. OÙ

— Volontiers. Mais avant, je dois vous dire que si le poison est administré à un homme, les doses que je vous ai indiquées sont rigoureusement exactes, tandis que pour une femme...

— Eh bien ! pour une femme ?

— Au lieu de procéder par quatre, il faut procéder par trois; car le système nerveux de la femme est beaucoup plus développé, par conséquent plus susceptible, plus irritable. Ainsi, continua le chimiste en prenant un petit flacon dans une boîte soigneusement fermée à cadenas, voilà un chien d'un tempérament lymphatique : au lieu de lui faire avaler quatre gouttes de poison dans un verre d'eau, je vais en jeter une goutte pure sur la langue ; la proportion sera gardée, vous jugerez de l'effet. Ici, Pyrame! ici ! cria le chimiste.

Un beau chien épagneul s'approcha joyeusement de son maître et lui lécha les mains. Aussitôt que le poison eut touché sa langue, il bâilla avec effort, retourna à sa place, se coucha et s'endormit en respirant avec quelque peine.

— Maintenant, reprit Talchimiste en caressant le poil soyeux d'une chatte qui à son appel s'était élancée sur ses genoux et se battait les flancs de sa large queue, vous allez voir que six gouttes d'eau jaune suflîront pour étendre morte à nos pieds cette pauvre bête, dont l'organisation est

b4 LE CHEVALIER QE PAMPELOWNE.

toute nerveuse, comme vous savez. Nous disons quatre fois huit pour le sexe masculin, et trois fois six pour le sexe féminin... regardez bien... six gouttes pures, c'est plus qu'il n'en faut.

La chatte poussa un effroyable miaulement et tomba à la renverse les membres roides, la bouche écumante.

— C'est très-bien... Encore un mot : si on voulait n'obtenir la mort qu'après huit ou quinze jours, que faudrait-il faire?

— Il faudrait combiner le mélange de manière à ce qu'un demi-verre d'une boisson quelconque contînt pour un homme dix gouttes de poison, et pour une femme neuf gouttes.

— Maintenant, senor Barbaste, donnez-moi ce flacon.

— Ah! senora , c'est une arme terrible que vous me demandez là : jurez-moi, sur votre âme, que c'est bien Son Excellence le marquis de Mendoza qui vous adresse à moi.

— Ne savez-vous pas qui je suis?

— Je le sais, pardonnez-moi mon hésitation, je sais que vous êtes sa meilleure amie... sans cela, connaîtriez-vous le secret de ce poison ?

— Eh bien donc?...

— Ce n'est pas sur lui, au moins, que vous voulez agir?

— Misérable! je vous trouve bien hardi et bien

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