‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 122 sur 175 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

me les fit dire. Puis elle reprit ; « Qui que vous voyiez, quoi que vous entendiez, n'effacez pas de vos lèvres le sourire enchanteur qui vous pure si bien, et qu'il vous faudra prendre en parlant. Voilà tout ce que nous attendons de vous. » Je promis de faire ce qu'on me demandait, quoique cette comédie , comme l'appelait madame de Montpensier, me semblât peu digne de mon caractère.

« La duchesse m'embrassa et me dit : «Maintenant, ma chère amie, vous allez permettre que j'ajoute, s'il est possible, à la générosité de Dieu qui vous a faite si belle. »

«Et, sans s'occuper de mon étonnement, elle m'attira vers une table, ouvrit un coffret placé sur cette table, que je n'avais pas remarqué, en tira une parure de diamants simple et riche, déroula en un clin d'œil les nattes de mes cheveux et me coiffa en madone, avec un art et une adresse qui me laissèrent stupéfaite ; puis, prenant un petit miroir d'acier qu'elle portait dans sa bourse, elle le plaça devant mes yeux et me dit : «Ce n'est plus de l'amour que vous inspirez, ma chère amie, c'est de l'adoration. »

«Je ne pus que me sourire à moi-même ; je ressemblais en vérité à la madone del Lago, devant laquelle tu t'agenouillais soir et matin, à Venise.

72 tF, CHEVAIIER OE PAÎIPEI,0>T^E.

— Mais c'pst un conte de fée que vous me faites là, dit Venezia alfenlive, curieuse, émerveillée comme un enfant.

— Un conte de fée. c'est le mot, reprit la signora Fabinni; mais voici son plus étrange événement. Le prieur revint et nous dit :

•i — Tout est prêt, venez.

i La duchesse me fit répéter la phrase mystérieuse, m'embrassa de nouveau en me disant que j'avais une mémoire d'ange, et comme je suivais le prieur, elle me suivit. Nous passâmes par la petite porte [>ar où le révérend Bourgoing, c'est ainsi que se nomme le religieux, était sorti et rentré : nous marchâmes prudemment, quoique l'épais tapis sur lequel posaient nos pieds étouffât le bruit de nos pas. Arrivé à l'un des coudes de l'étroite galerie où nous nous trouvions, le prieur s'arrêta et mit un doigt sur sa bouche pour me commander le silence ; puis il alluma des bougies et des verres de couleur disposés en étages autour d'une draperie appliquée à la muraille, s'effaça, me |)lnça face à face à la muraille, souleva la draperie et tira à lui une coulisse pratiquée dans une embrasure. Cette opération se fit sans bruit, comme par enchantement. Aussitôt, sur un signe de la duchesse, la voix un peu émue par cette scène fantastique, je récitai ma leçon telle qu'on me l'avait enseignée. Un cri me ré-

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