CHAPITRE IV
pondit. Ce cri partit rrunr noire cellule, et mes regards se portèrent sur- une couchette où éhn't étendu un religieux du mèrue ordre que le prieur. Cet homme attachait sur moi des yeux ardents... Il élait d'une laideur repoussante, qui glaça sur mes lèvres le sourire qu'on m'avait ordonné. Je me sentis prise d'une faiblesse, etjc chancelai. Les lumières qui m'cclairaient s'éteignirent une à une; les nuages coloriés qui encadraient ma tète se remplirent d'ombres, la coulisse repoussée par le prieur me débarrassa de la vue de ce moine hideux qui paraissait possédé du démon, et nous rentrâmes sans bruit dans le cabinet du révérend Boursoins;.
— Seigneur Jésus! qu'est-ce que tout cela veut dire' s'écria la gitana, le sein oppressé et palpitant.
— Ce qui t'étonnera encore plus, continua la marquise, c'est que ce moine que j'ai vu cette nuit, et à qui j'ai parlé, auquel j'ai souri, je l'ai reconnu.
— Vous l'avez reconnu?
— Oui, c'est ce jacobin qui. malgré nuii. ma tant effrayée à Étampes, le jour de la procession... le moine d'Angers...
— En ètes-vous bien sûre? interrompit Venezia avec précij)itation.
— Ces figures-là ne s'oublient pas. ma chère
enfant... Nous sommes en pleine fatalité... cet homme me fait peur plus que jamais, et je ne comprends pas...
— Moi, je comprends tout.
La gitana raconta ce qu'avait fait Jacques Clément le jour même de cette procession, le service qu'il avait rendu à la marquise, et le baiser qu'il lui avait ravi pour prix de ce service.
— Ainsi, tout nous est expliqué, maintenant, continua-t-elle : ce méchant homme vous aime, vous avez troublé sa raison, et les ligueurs exploitent sa folie en vous exploitant vous-même.
— Horreur ! s'écria la ficre Vénitienne.
— Bonheur! répondit l'impétueuse et bouillante jeune fille : car on ne saurait trouver, pour frapper un infâme, une main plus vile que celle d'un impie poussé par une passion sacrilège.
— Mais je ne peux pas, moi, la marquise Fabiani, tremper dans de pareilles turpitudes, me prêter à de semblables monstruosités.
— Que vous importe? Que vous demandet-on ? Vous n'êtes apparue à ce moine que sous une forme fantastique...
— J'outrage la majesté divine... je me damne...
— Vous vous vengez ! On n'a rien pour rien en ce monde : choisissez, ou de boire votre honte sans laver vos outrages, ou de vous prêter au