CHAPITRE IV
'0 dois pas oublier tes aveux, tes confidences, et sois persuadée qu'eu mettant ta niain dans celle de ton noble amant, j'éprouverai la seule consolation qui puisse m'étre offerte en ce monde... Quant au vicomte... !
— C'est à lui qu'il faut confier le soin de votre vengeance, comme fit la glorieuse fille de Tlnca.
— Jamais ! si je ne peux pas aimer le vicomte le Gourdon ; si mon cœur lui est fermé, à lui omme à tout autre, je lui dois, au moins, toute ion estime, et il est trop grand dans cette
'stime pour que j'avilisse sa vaillante épée... Ne me fais plus de pareilles propositions, tu m'offenserais.
— J'obéirai, chère marraine, mais moi qui n'ai pas assez de délicatesse, assez d'éducation |)Our savoir lequel est le plus noble du glaive ou du poignard, lorsque tous deux sont portés par l'homme que j'aime, je jure de n'appartenir au chevalier de Pampelonnc que lorsque le Valois sera mort, soit de la main du jacobin, soit de celle qui recherche la mienne.
La marquise Fabiani sourit avec tristesse à cet élan fougueux de la gitane, elle attira sa tête sur ses genoux, passa sa main dans ses cheveux et lui dit :
— Enfant, ptirlc-moi de tes amours, tu rafraîchiras et rajeuniras ma pauvre âme !
78 I,E CHEVALIER DE PAMPEIONNE,
— Du tout!... la nuit, ne se passera pas ainsi, vos beaux yeux ont besoin de sommeil ; demain matin vos deux clievaliers se présenteront à vos pieds, et je veux que votre visage ne perde rien de sa beauté.
— Menteuse!... Tu l'aimes donc bien ?
— Presque autant que je vous aime.
— Que Dieu soit avec vous, nobles cœurs, et que le bonlieur soit au moins à vos côtés !
La marquise et Venezia dirent ensemble leurs prières, et, selon sa coutume, la jeune fille s'endormit sur une couchette qu'elle avait fait disposer au pied du lit de sa protectrice. Le sommeil de la gitana fut le sommeil d'un oiseau; dès que le jour jeta ses rayons sur les vitraux de la chambre, elle s'éveilla, et commença silencieusement sa toilette.
— As-tu donné des ordres pour qu'on laisse entrer à l'hôtel le vicomte de Gourdon et le chevalier? demanda la signora Fabiani.
— J'ai voulu avoir votre permission pour cela, chère madame.
— Va donc prévenir le concierge et les gardes de la duchesse, afin que ces messieurs n'éprouvent aucun embarras. Tu diras aux femmes que la princesse a mises à ma disposition de venir me trouver sur-le-champ.
Venezia courut à la marquise, baisa ses mains