‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 126 sur 175 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et son front, biiist-is quelle lui donnait chaque matin comme si elle eût été sa mère, puis elle acheva vivement de s'habiller et sortit.

Les femmes qui attendaient dans la pièce voisine entrèrent. La signora Fabiani sejcva, se mit entre leurs mains, et leur dit :

— Je voudrais monter ma maison en domestiques : si vous avez des amies ou des connaissances qui soient d'un bon service, je vous serai obligée de me les présenter.

Les deux femmes répondirent qu'elles feraient de leur mieux pour se rendre utiles.

Venezia revint, la marquise se donna le plaisir de veiller elle-même à la toilette de sa chère protégée, et pour la rendre belle à son gré, elle y mit la main.

A dix heures, avec cette exactitude que les amoureux disputent aux horloges, Gourdon et Parapelonne se présentèrent à l'hôtel Montpcnsicr, et furent annoncés à la marquise Fabiani qui, tenant Venezia par la main, vint au-devant d'eux, et les reçut dans son salon.

Le vicomte et le chevalier n'avaient pu se résoudre à garder leur prudent costume de marchands forains ; la vanité les avait pris à la gorge, comme on dit, et ils avaient voulu paraître en gentilshommes devant leurs dames. Gourdon portait un babil de velours noir, et

Pampelonne un habit de satin violet; tous deux avaient posé, non sans faire la grimace, une large croix de Lorraine sur leurs courts manteaux, afin qu'on les prît pour de fervents catholiques et de zélés ligueurs. Ils n'eussent pas fait un pas dans Paris sans cette précaution.

— Je devrais, messieurs, vous voir avec chagrin, avec frayeur, au milieu de vos ennemis, dit la marquise d'une voix émue ; mais cette crainte humilierait vos grands cœurs, et je la repousse. Soyez les bienvenus : votre main, vicomte; votre main, chevalier.

Pampelonne et Gonrdon s'inclinèrent en baisant la main qui leur était tendue, tous deux cherchèrent une réponse sans la trouver.

— Veuillez me suivre, M. de Gourdon, reprit la signora Fabiani, nous sommes de vieux amis, et nous avons beaucoup à causer.

Ivre de joie, le vicomte passa dans la chambre de la marquise, pendant que Pampelonne, peutêtre aussi troublé ([ue Venezia, restait en contemplation devant elle, et chiffonnait sa collerette pour se donner une contenance honorable.

Ce cœur de lion, celte organisation intrépide, cet homme qui avait jusque-là traité toutes les femmes avec une légèreté sans égale, se trouvait, en l'ace d'un amour vrai, sérieux, chaste et profond, faible comme un enfant, sans expé-

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