CHAPITRE IV
rience et sans aplomb. Venezia vint à son aide.
— J'aurais désiré, chevalier, dit-elle, que la marquise Fabiani fût en tiers dans notre entretien. Je vous ai promis le récit fidèle de ma vie jusqu'à ce jour, et comme la marquise, ma protectrice, ma bienfaitrice, a été la compagne de mes meilleurs jours, j'aurais voulu que sa bouche vous confirmât ce que va vous dire la mienne.
— Me faites-vous injure, mademoiselle, 'in point de croire que j'aie besoin d'un autre témoignage que le vôtre? Et d'ailleurs, qui vous demande ici cette confidence ? Votre vie, je la connais; vous n'existez, pour moi, que du jour où je vous ai vue pour la première fois, jour béni de mes souvenirs les plus joyeux.
— Votre loyauté me dicte mon devoir. Vous êtes de noble race, et à ce titre vous ne pouvez vous allier qu'à une femme digne du nom que vous portez.
— J'écouterai donc, mais avec le cœur, mais avec amour... Parlez, signoia, votre voix si douce me promet trop de bonheur pour que je vous résiste plus longtemps... Apprenez-moi à chérir votre berceau, votre enfance, comme je chéris ma belle fiancée.
Venezia fit asseoir Pampelonne à son côté, et lui raconta rapidement l'histoire de sa famille; le feu, l'énergie, les vives couleurs dont elle
anima son récit tinrent le chevalier palpitant sons le ciiarme de sa parole. L'épisode du coffret de diamants qui avait été ravi à la gitana le lit bondir... une sueur froide couvrit son Iront, et il s'écria :
— Vous n'avez jamais entendu parler de ce trésor ?
— Jamais.
— Et le capitaine la Gazette vous conduisit à Angers, sans avoir pris les ordres de la marquise?
— Nous ne connaissions pas la France, nous suivions l'itinéraire que le capitaine nous traçait.
— Et vous avez, depuis votre séjour au château d'Angers, remarqué que la Gazette, pauvre a Venise et plus pauvre en France, faisait étalage d'un grand luxe?
— Luxe qu'il nous a expliqué par une série d'héritages et de parts de butin.
— Signora, c'est la Gazette qui vous a dépouillée; vos diamants étaient dans un souterrain du château d'Angers. Comment se trouvaient-ils là, je l'ignore ; c'est un secret dont je serai maître avant peu.
— Ce que vous me dites est étrange.
— C'est l'exacte vérité, cependant.
Le chevalier raconta en peu de mots son duel à Venise, la cause de son échauffourée à Angers,