CHAPITRE IV. Sîi
pcr tous les cJcux... Je pense, chevalier, que \nus ne nous ferez pas iaule.
Elle donna sa main à Pampelonne, (jul, s'inelinant profondément, baisa cette main froide et tremblante, prit son ami par le bras et l'entraîna.
— Ah çà ! mon cher vicointc. dit !*;impelonne en sortant de Ihotel, laites-moi te plaisir de mexpliquer ce que signifie ce visage morose que vous avez.
— Mon pauvre ami, je suis bien malheureux!
— Hein ! la marquise est donc ingrate?
— Non... je ne peux l'accuser, mais elle ne m'aime pas... tu as dû le comprendre, en la voyant reconnaître Venezia pour son unique héritière... C'était me refuser sa main.
— Oui, cela m'a paru assez clair'... elle est donc bien difficile, ventre-saint-gris ! le plus beau et le plus brave gentilhomme de France et de Navarre... Mais enfin que vous a-t-clle dit?
— Rien !...
— Comment ! rien ! vous êtes restes deux heures en téte-à-téte, et j'ai eu le temps, moi, d'apprendre sur le bout du doigt toute l'histoire du Pérou, et bien d'autres histoires, ma foi !
— J'ai deviné que la marquise voulait nie confier un grand secret... sa parole expirait sur ses lèvres chaque fois qu'elle abordait cette confidence
86 I.E CHEVALIER DE PAMPELONNE.
qui doit être terrible, l'uncsle, si j'en juge par les efforts qu'elle a fHJts pour se vaincre. Bref, j'ai tire de ce long entretien l'assurance que jamais je ne pourrai mériter l'amour de cette femme adorable... « Un abime nous sépare, m'a-t-elle dit; ce soù; je serai plus forte pour vous tout dire, je vous dois une explication qu'il serait lâche à moi de retarder plus longtemps ; vous viendrez souper avec votre ami; cette nuit même, je vous ouvrirai mon cœur, et demain noits nous quitterons pour toujours. » Voilà ee quelle m'a dit... Tu le vois, mon cher Pampelonne, je ne suis pas heureux en confidences, et tu n'es pas le plus discret de mes amis, si caché que tu sois envers moi.
— Eh bien ! mon pauvre vicomte, je vais vous prouver que je suis bavard quelquefois; écoutez un grand secret... La signora Venezia, que j'aime k outrance, vous le savez, m'a raconté sa vie. Je n'en ai pas été fâché au fond, car je ne savais pas précisément qui elle est, et les Pampelonne ont toujours été très-chiches de mésalliances.
— L'amitié que lui porte la marquise lui suffit, et si elle n'est pas noble...
— Que dites-vous?
— Je dis que si elle n'est pas noble, tu l'anobliras... tu l'aimes, elle mérite ton amour, n'estce pas suffisant?