CHAPITRE V
VOUS a vue qu'il veut vous revoir. II ne peut croire encore qu'il éUiit bien éveillé, qu'il était dans son bon sens lorsfjue vous lui êtes apparue la nuit dernière. Il a oppris, je ne sais couimcnl, que vous êtes à P;iris, que vous logez dans mon hôtel, et il ne veut se rendre à Sainl-Cloud qu'après s'être prosterné à vos pieds, qu'après avoir reçu une dernière exhortation... Son courage, dès ce moment, ne faillira plus ; vous le voyez, ce qui vous reste à faire est facile.
— Je ne comprends pas comment ma présence dans cet hôtel peut saccorder avec la vision...
— Je ne comprends pas cela, moi non plus, se hâta d'ajouter la duchesse, mais je m'en rapporte aveuglément à l'habileté du prieur, qui vient de me quitter à l'instant pour aller chercher le pauvre fou.
— Mais, madaujc, quand je dirai à cet homme que j'ai joué, que nous avons joué hier une comédie ridicule, quand je lui dirai ce que nous avons fait pour frapper son imagination, il s'indignera sans doute du piège grossier qu'on lui a tendu.
— Aussi faudra-t-il vous garder de parler de tout cela. Le prieur vous recommande, en grâce, de paraître ignorer ce qui s'est passé hier. Vous serez censée voir Clément pour la première fois,
VOUS ne rentrolicntircz que de votre haine pour Henri III et de votre zèle pour ITInion ; vous ignorez, de même, son projet de finir la guerre par un coup de poignard ; sil vous le confie, vous l'exhorterez et le louerez à outrance... On ne vous demande que cela.
— Mais ce furieux me parlera sans doute de toute autre chose!... Comment voulez-vous que je puisse entendre ses aveux ? S'il me touche seulement du bout des doigts, tout mon sang se révoltera...
— Soyez douce et bienveillante. Si ce misérable s'oublie... vous voyez ce panneau , ce bouton de nacre?
— Oui.
— Appuyez sur ce bouton, le panneau cédera et vous serez dans mon cabinet, près de moi, à l'abri de toute poursuite, de toute insulte.
La signora Fabiani courba la tête. Son sein se gonfla, une larme roula sur sa joue pâle; elle se sentait souillée, avilie par ces stratagèmes indignes d'une âme aussi noble que la sienne et de son esprit élevé. Cependant elle se voyait sur une pente irrésistible, elle était engagée dans une intrigue honteuse , mais dont les trames l'enchaînaient. Un moment elle eut la pensée généreuse de se débarrasser violemment de cette machination infernale, mais le souvenir de l'outrage