CHAPITRE V
aimer, puisque tu ne sais pas haïr ! Honneur, vertu, mots vides! Voilà où s'arrête toute cette rage l J'ai bien fait de ne pas presser davantage ce cœur pusillanime : si j'avais laissé comprendre la pensée du prieur, si j'avais laissé deviner le prix que Clément exigera sans doute, j'aurais eu l'affront d'un refus, d'une révolte... Et cependant il faut que ce moine aille à Saint-Cloud... il le faut, coûte que coûte!... devrais-je...
La duchesse frissonna de la tête aux pieds, et passa son mouchoir sur son visage, qui venait de rougir jusqu'au front. Ses regards se portèrent sur un portrait du Balafré, et, se remettant de son trouble, elle vint écoutera la petite porte ce qui se disait dans son boudoir.
Le prieur Bourgoing entra dans le cabinet de la duchesse, et, faisant comme elle, il prêta l'oreille à l'entretien de Jacques Clément et de la marquise.
Introduit secrètement à l'hôtel Montpensier, Jacques Clémentavait traversé, à la suite de Bourgoing, les appartements retirés de la duchesse, la chambre de toilette et la chambre à coucher. Arrivé au boudoir, le prieur en ouvrit la porte, s'effaça et fît signe au jacobin de passer devant lui.
La signora Fabiani réprima un léger tressail-
LE CHEVALICR DE PAMPEIONNE. 4, 10
lement à la vue de cet homme dont plus que jamais le visngc lui parut hideux ; elle ferma les yeux malgré elle devant ce regard fauve et bas comme celui de l'hyène, devant ce front flétri sur lequel étaient tracées toutes les infamies du vice; mais s'armant de cette fière résolution qu'elle savait trouver dans les moments difficiles, elle changea brusquement de maintien et de rôle. Elle se redressa sur le siège qu'elle occupait, comme pour écouter l'humble supplique d'un vassal, et ce fut à son tour de faire pâlir le jacobin et de le troubler jusqu'au fond de l'âme.
— Vous avez désiré me voir et me parler? ditelle avec autant de douceur qu'elle put mettre à cette question.
— Oui, madame, j'ai eu cette audace, cette présomption.
— Pourquoi serait-ce de la présomption? Je suis accessible pour tout le monde, surtout pour ceux qui, comme vous, sont les zélés soldats de la foi, de l'union...
— Ah ! madame, ce n'est pas mon zèle pour la Ligue qui m'a conduit ici, à vos genoux... à vos pieds... c'est... Mais pourquoi tenterais-je de vous apprendre ce que vous savez aussi bien que moi?... Mes lèvres tremblantes, embarrassées, ne sauraient rendre mn pensée.