‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 139 sur 175 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

Le ressort presse par la marquise fit jouer le panneau ; la porte secrète s'entr'ouvril ; la Vénitienne s'élança comme un oiseau par ce passage, repoussa violemment la porte et tomba défaillante dans les bras que lui tendait la ducbesse.

On n"a pas oublié que madame de Montpensier et Bourgoing s'étaient appuyés contre la cloison pour ne pas perdre un mot de l'entretien de la Vénitienne cl du jacobin : ils avaient donc, involontairement, retenu la porte, lorsque la marquise avait voulu l'ouvrir, et lui avaient laissé croire, par cette résistance, quelle était tombée

dans un guet-apens. Le prieur était sorti du cabinet de la duchesse lorsque la siguora Fabiani y entra; il était allé rejoindre Jacques Clément par un détour, et il le trouva étendu sur le tapis, l'œil en feu, le front consterné, les joues livides, les lèvres frémissantes de colère.

— Eh bien! mon fils, vos vœux sont maintenant comblés, dit le prieur; vous n'avez plus rien à désirer.

— Rien à désirer ! balbutia Clément, rien à désirer! dérision!

— Vous ne parlez pas sérieusement, vous n'auriez pas voulu vous jouer de moi à ce point ?

— Mon père, continua le jacobin sur le même ton, et en froissant sa robe, comme pour la mettre eu pièces, ce n'est pas ma faute à moi, si je suis devenu fou, c'est la vôtre; je commence à voir un piège dans votre façou d'agir : l'apparition de la nuit dernière n'est qu'un mensonge, je le crains bien.

— Vous blasphémez, impie!

— Je n'affirme pas, je pense... Mais sans discuter davantage, sans donner raison au ciel ou à l'enfer, je dis que cette femme, que je viens de voir et d'entendre, est bien celle dont je suis follement épris. Je dis qu'elle existe, non comme un ange du ciel, mais comme un ange terrestre; je dis qu'il faut, entendez-vous bien? il faut que

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