‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 140 sur 175 · CHAPITRE VI. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. m

celte fière et voluptueuse beauté soit le prix de ma vie... Alors, j'irai mourir à Saint-Cloud.

— Malheureux ! pouvez-vous souiller ainsi votre mission divine?

— J'ai dit mon dernier mot.

— Et quelle garantie aurions-nous de votre engagement, si...

— Ma vie que vous m'arracheriez par le dernier des supplices.

— Retournons donc au couvent; vous avez besoin de prier Dieu pour qu'il vous purifie, et moi, je dois l'implorer pour vous.

Une heure après cette scène, on remettait, de la part du prieur des jacobins, à madame de Montpensier, le billet que voici :

« Altesse, je crois la partie perdue, et elle l'est, en cfTet, si le ciel ne nous vient en aide. Jacques Clément nva confirmé dans son odieux caj)rice. La marquise doit se dévouer, ou le Valois régnera et la Ligue sera vaincue. Le temps presse ; encore trois jours, et Paris recevra son premier assaut. Usez donc de votre influence ; la victoire est , dès ce moment , entre vos mains. »

Après avoir froissé avec colère ce billet, la

il2 LE CHEVAI.TER DE PAMPEtO^^lfE.

duchesse le déchira et en jeta les débris dans le réchaud d'une cassolette, puis elle appela une de ses femmes et lui commanda d'aller chercher de sa part, sur-le-champ, la signora Venezia. et de la conduire dans son boudoir.

Quelques instants après, Venezia était devant la duchesse, dans ce même appartement où sa marraine avait reçu Jacques Clément.

— Approchez, mon enfant, dit la princesse d'un ton câlin : on vante beaucoup votre zèle, votre attachement pour la marquise Fabiani : n'y a-l-il rien d'exagéré dans cet éloge?

— On ne dit pas, on ne peut pas dire tout ce que j'ai là, au fond du cœur, de respect et de dévouement pour ma marraine. Altesse ; ce serait vouloir sonder la profondeur de la mer.

— Très-bien, mon enfant, très-bien! les cœurs comme le vôtre sont bien rares en France... Mais cette affection noble et pure est sans doute payée de retour. Vous êtes l'amie et la confidente de la marquise?

— J'en suis fière, madame.

— Alors, vous n'ignorez rien de ce qui se passe actuellement; vous savez que votre marraine nous a rendu un service signalé.

— Je viens de l'apprendre.

■ — Eh bien ! ce service n'a pas encore porté tous ses fruits. Il nous reste un pas à faire dans

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la voie que nous suivons; ce pas, c'est vous qui le ferez.

— Moi?

— yous-racme. oui, vous éles appelée à couronner l'œuvre de vengeance, à laver les affronts de votre amie, de votre bienfaitrice, dans le sang de son ennemi.

— Parlez, madame ; de grâce, parlez ! La joie m'enivre d'avance. De quoi s'agit-il?

— De bien peu de cbose. D'abord, il vous faudra garder jusqu'à demain, ou mieux toute votre vie, le secret du commandement que je vais vous foire. Si la signora Fabiani en était instriiile, nous risquerions d'écbouer dans notre entreprise.

— Si cette entreprise menace ma marraine, je me récuse.

— Elle sauvera sa gloire, comblera son vœu le plus clicr, et n'exposera ni sa vie, ni sa liberté, ni son bonneur.

— Commandez donc... vous avez ma parole,

— C'est bien ; à dix beurcs précises vous viendrez ici... Je vous donnerai vos instructions. Je serai seule, allez, mon enfant, Dieu vous garde !

A peine Venczia était-elle sortie du boudoir que la duchesse s'approcha de son secrétaire et écrivit :

H4 LE CHEVAttER DE PAMPELOl^NE,

ti L'oiseau cfTarouché s'est apprivoisé, soyez avec Jacques Clément à dix heures, celte nuit, à la petite porte de l'hôtel. Tout ira pour le mieux. Tenez prêts et les lettres de créance et le sauf-conduit, afin que demain matin le jacobin n'aitaucun prétexte de retarder son voyage. Vous le voyez, au lieu d'èlre perdue, la partie est gagnée. Vous n'aviez d'espoir que dans un miracle, le miracle est fait. A ce soir : conduisez notre homme, il suivra le guide qui le viendra prendre à la petite porte, et vous serez oblige d'attendre sa sortie de Thôlel, afin de ne plus le perdre de vue à partir de ce moment. :>

La duchesse confia ce billet à l'un de ses coureurs, monta dans sa chaise et se fit conduire au Louvre, où le duc de Mayenne tenait conseil avec les principaux chefs militaires de la Ligue.

Pendant que Venezia était chez madame de .Montpensier, l'une des femmes au service de la signora Fabiani (celle-là même qui était venue la chercher de la part de la princesse, devant Pampelonne et Gourdon) lui avait dit :

— Madame la marquise m'a chargée de lui procurer quelques domestiques, j'en ai un à lui proposer... Si madame la marquise veut le voir, il attend.

— Volontiers, est-ce un homme?

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