CHAPITRE TT
— Tout beau ! la folle!.,. Ramassez donc vos cheveux qui, tout à l'heure, vont traîner par terre, s'écria en riant le plus malin de la troupe.
— Eh bien!... eh bien! qu'est-ce que ce bruit? dit un officier qui descendait l'escalier, à qui en avez-vous donc, mes gaillards?... Eh! Dieu me pardonne, ou j'ai la berlue, ou c'est madame la marquise Fabiani et la charmante Venezia que j'ai l'honneur de saluer, ajouta l'officier.
— Oui , la Gazette, c'est nous... Faites un peu ranger ces vauriens que nous passions, et chàtiez-les pour leur insolence envers madame.
Les soldats, entendant parler de la sorte à leur capitaine, se hâtèrent d'ouvrir leurs rangs, et la marquise , donnant la main à la Gazette , monta silencieusement les marches de l'escalier. Venezia la suivit, après avoir jeté un sourire dédaigneux aux gardes.
— Par quel heureux hasard, madame, vous trouvez-vous en ce pays? demanda la Gazette à dona Fabiani , qui lui répondit avec ce ton de commandement qu'elle prenait avec tant de dignité.
— Peu vous importe! Je ne vous questionne pas... Annoncez-moi à la duchesse de Montpensier, il faut que je lui parle sur-le-champ, en téte-à-téte.
— Soit , je vois bien que madame la marquise
croit encore avoir affaire au pauvre aventurier la Gazette... Il n'en est rien, Dieu merci !... nous avons changé de peau !
— Vraiment?
— Eh ! cela se voit de reste, il me semble, dit le Normand , tout en jetant un regard joyeux à son splendidc uniforme.
-— Je vous en félicite... Entrez et annoncezmoi.
La Gazette, subjugué par le grand air de la marquise, dominé par un souvenir de soumission récente, et troublé, malgré lui, par la rencontre de Venezia , qu'il avait , comme on sait, dépouillée, obéit sans hésiter et vint annoncer à dona Fabiani qu'elle était attendue.
La marquise avait relevé les bandeaux de ses longs cheveux , et Venezia avait jeté sa propre écharpe sur les épaules de sa maîtresse, pendant le temps que le capitaine avait mis à son message. La signora Fabiani entra donc dans l'antichambre de la duchesse d'un pas ferme, promena un regard calme et hautain sur un groupe de gentilshommes , de moines et de bourgeois qui occupaient cette salle, et ouvrit la porte de la duchesse. Venezia se mit en sentinelle à cette porte, croisa ses bras l'un sur l'autre, tint la tête haute, et imposa par la dignité de son maintien, par le calme de sa physionomie , un sentiment