‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 15 sur 175 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de respect à ceux qui la regardaient avec curiosité.

La Gazette voulut, par vanité, faire croire qu'il était dans l'intimité de cette belle jeune Glle que chacun admirait, et il l'accosta assez cavalièrement; mais la gitana garda un silence absolu, et ne parut même pas l'écouter. Son âme et son esprit étaient dans la chambre où venait d'entrer sa marraine. Le Normand battit donc en retraite assez honteusement.

Madame de Montpensier était à cette époque , quoiqu'elle eut près de trente-six ans, dans toute sa beauté ; son visage noble et gracieux était le souvenir vivant d'Henri de Guise, tué à Blois. Le caractère de cette race fîère et illustre se révélait dans les traits féminins de la superbe duchesse, qui sentait battre dans sa poitrine un cœur de guerrier. Rencontre bizarre ! Elle avait le même timbre de voix que la signera Fabiani, elle donnait la même accentuation à ses paroles, et cette voix souvent douce , quelquefois grave, toujours harmonieuse , était brève ou traînante, selon qu'elle s'animait ou se calmait. La duchesse était un peu boiteuse, mais elle s'efforçait de dissimuler ce défaut, en se tenant fort droite , en marchant sur la pointe du pied, en portant de longues robes. Elle n'avait pas quitté le deuil depuis la mort de ses frères , et avait juré de le

cri LE CHEVALIER DE PAMPELONNE.

garder jusqu'au jour où s'accomplirait sa vengeance sur leur meurtrier. La Vénitienne était incomparablement plus belle que la princesse , malgré tous ces rapprochements ; quant à son cœur, il n'était qu'amour, tandis que dans lame de l'implacable ennemie d'Henri III , tout était haine et colère.

La signora Fabiani entra dans la chambre de la duchesse et la salua d'une gracieuse inclinaison de tête. Il y avait une indicible majesté dans le maintien de cette fière patricienne , avertie , par un secret pressentiment, qu'elle se trouvait devant une ft;mme dont chaque prière était un vœu pour la ruine et pour la mort de celui qu'elle adorait.

La duchesse, sans se lever du fauteuil qu'elle occupait, parcourut d'un regard étonné toute la personne de la marquise; ses riches vêtements froissés et même déchirés dans la mêlée dont elle avait été témoin, l'animation énergique de son regard et de ses traits, sa distinction et sa beauté lui inspirèrent un vif intérêt.

— Qui êtes-vous, madame? demanda-t-elle avec douceur.

— Altesse, j'ai eu le plaisir et l'honneur de vous céder cet appartement, qui, ce matin encore, était le mien.

Mutuellement frappées d'entendre sortir de la

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