CHAPITRE Vï
— Non, madame, c'est une (crame... un excellent sujet sous tous les rapports.
— Tant mieux, conduisez-la-moi.
Au bout de quelques minutes la présentation eut lieu. La signora Fabiani fut très-contente de la jeune femme qui offrait ses services. Elle était fort jolie, avait une tournure aisée, des façons distinguées et paraissait de beaucoup au-dessus de sa classe.
— Comment vous nommez-vous? avait demandé la marquise.
— Clémence.
— Vous avez déjà servi ?
— Dans les meileures maisons de la province, madame ; je crois être en état de vous satisfaire en tout et pour tout.
— C'est bien, je vous prends à gages, sans autre renseignement, et vous attache dès ce jour à mon service particulier.
Venezia se présenta comme la marquise achevait ces mots. Elle rougit et balbutia :
— Quoi ! chère maîtresse, vous ne voulez plus de votre humble et pauvre servante?
La marquise fît signe à son nouveau domestique de se retirer, et lorsqu'elle fut seule avec sa filleule, elle lui dit :
— Tu n'es pas, tu n'as jamais été ma servante, chère enfant ; tu es et seras toujours ma meil-
Icure, ina seule amie. Hclas! lu vas changer de posilion, tu vas devenir grande dame; je veux monter et composer moi-même ta maison. Cette fille que je viens d'arrêter est à toi ; je veux la garder à mon service, pour la former, jusqu'au jour de ton mariage. Je lais pour toi ce que je ferais pour ma fille : car je t'aime, Venezia, comme j'aimerais le fruit de mes propres entrailles.
La gitana se jeta aux genoux de sa bienfaitrice et les embrassa les yeux en pleurs.
— N'oublions pas que nous donnons à souper, ce soir, au vicomte et à ton fiancé. Je te charge du soin de cette petite fête de famille. Dirige, ordonne; je suis un peu souffrante, les émotions qui viennent de m'assaillir m'ont accablée.
Venezia sortit pour s'occuper de ses nouvelles et importantes fonctions de maîtresse de maison. Elle s'entendit avec Clémence, et trouva en elle tout le zèle et rinlelligence désirables.
La journée se passa dans une longue attente. La duchesse de Monlpensier comptait les heures avec impatience, et se surprenait à frissonner, à mesure que le soleil déclinait, et que la grosse horloge de l'hôtel retentissait sous le marteau que poussaient ses inexorables aiguilles. La signora Fabiani, pensant aux aveux qu'elle devait faire au vicomte, se sentait défaillir et prête à