‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 142 sur 175 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

perih'e courage. Ces aveux arrachés par un espoir de vengeance ne lui avaient pas coûté, lorsqu'il s'était agi de les confier à la duchesse; une chaste répugnance lui avait fermé la bouche, lorsqu'il avait l'allu les faire à Gourdon, non qu'elle luttât contre un élan d'amour, non qu'elle se sentît vaincue par la loyale tendresse .du vicomte et par son généreux dévouement, mais parce qu'elle l'estimait et l'aimait en ami, et qu'elle devinait le funeste chagrin dont ils allaient abreuver ce noble cœur. Quant à Venezia, chacun comprendra son émotion, car tous ceux qui nous lisent ont éprouvé ce frisson fiévreux du premier amour, et en ont gardé le délicieux et saint souvenir !

Un autre personnage de cette tragique histoiie attendait avec plus de trouble encore que la nuit fût venue ; ce personnage paraîtra bientôt à visage découvert et se fera reconnaître.

Cette nuit tant désirée jeta enfin ses ténèbres sur la grande cité.

La marquise Fabiani était richement vêtue de deuil comme d'habitude : Venezia, au contraire, portait une toilette simple, mais joyeuse, qui fiu'sait ressortir le type ravissant de sa beauté. La signora Fabiani était pâle ; ses yeux battus indiquaient une souffrance qu'elle s'efforçait de surmonter. Une petite toux opiniâtre interrom-

118 LE CHEVALIEK DE PAMPELONNE.

pait l'i'cqueraincul sa parole toujours douce et affectueuse.

Elle était dans son salon, à demi couchée sur un soft» , et rendait tendrement à sa fidèle compagne les soins caressants qui lui étaient prodigués.

Clémence entra, et annonça le vicomte de Gourdon.

— Comment! vicomte, dit dona Fabiani d'un ton d'inquiétude et de vif reproche, vous venez seul? C'est vous exposer à un vilain accueil.

— Le chevalier de Pampclonnc a été retardé par la politique, madame; mais rassurez-vous, l'amour est avec lui et le ramènera bientôt.

Clémence écoula celte réponse, et son regard, qui s'était assombri, rayonna tout à coup. Un sourire satanique efllcura ses lèvres, et elle s'esquiva.

Venezia, sous prétexte de donner quelques nouveaux ordres, se retira également.

Dix heures allaient sonner; la gitana courut en toute hâte au boudoir de la duchesse ; elle la trouva occupée à parfumer elle-même ses cheveux et ses vêtements.

— Me voici, Altesse, dit la jeune fille, je suis exacte.

— On ne peut l'être plus, mon enfant; aussi serez-vous récompensée dans votre affection pou^

Page 1