‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 145 sur 175 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

— Mon Dieu! dit-elle, je ne sais ce qui m'arrive... Je sens que mon visage est en feu et que mes paupières s'appesantissent... Ce ne sera rien, cependant, je suis même mieux... la toux est calmée... mais...

Le vicomte s'élança aux pieds de la marquise, un souvenir terrible venait de traverser son esprit ; en voyant les joues pâles de la Vénitienne se colorer subitement, en remarquant ce vif éclat de ses prunelles, semblable aux dernières étincelles d'un feu mourant, en la voyant lutter contre un étrange engourdissement, il pensa au poison du chimiste espagnol, et frissonna de tout son corps. Dans ce même moment le chevalier de Pampelonne entra, annoncé par l'une des femmes de la duchesse, La porte de la chambre de la marquise se referma vivement.

— Pampelonne, mon ami... mon ami! murmura le vicomte avec effroi. Au secours!... au secours!

— Au secours!... s'écria le chevalier, et pourquoi donc? que se passe-t-il ?... Qu'y a-t-il à faire ?

— Le poison ! le poison, malheureux ! L'Espagnol... le chimiste... hier!... regarde-la!...

Le vicomte était hors de lui, de grosses larmes coulaient de ses yeux intrépides que la bataille n'avait jamais fait baisser. Pampelonne comprit

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ces demi-mots, en voyant la signora Fabiani renversée, sans mouvement, sur le dossier de son sofa.

— Ah ! c'est vous, chevalier, balbutia la marquise en se débattant avec énergie contre le sommeil qui la terrassait. Cost vous, soyez le bienvenu.

— De grâce, madame, demanda Gourdon, quelle est cette femme qui vous sert?

— Elle est à mes gages depuis ce matin seulement, c'est une excellente fille,.. Mon Dieu ! mais pourquoi vous émouvoir ainsi? Ne voyez-vous pas que je suis beaucoup mieux?

— Au nom du ciel, rappelez cette femme, continua le vicomte, et redemandez-lui de ce même breuvage que vous venez de prendre.

La marquise essaya de soulever son bras, mais n'en eut pas la force. Pampclonne s'élança vers le timbre et le frappa. Clémence se présenta à la porte de la chambre, mais le front penché et cachant son visage.

— Donnez à boire à madame, dit Pampelonne, et ne changez rien à sa boisson.

Venezia entra dans le salon, et apercevant le chevalier agenouillé près de sa marraine pendant que Gourdon lui soutenait la tète, elle poussa un cri déchirant et se précipita d'un seul bond sur le sein de la marquise.

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