CHAPITRE VI
Pampelonnc lui dit, en quelques mots, l'épouvantable malheur qu'il redoutait, cl la pauvre fille se roula aux pieds de sa bienfaitrice en se tordant les bras avec un affreux désespoir.
Dona Fabiani s'était profondément endormie.
Clémence ouvrit franchement la porte et parut tête haute, portant un plateau sur lequel était posé un verre de crislal.
Pampelonnc recula épouvanté à la vue de cette femme, comme à la vue d'un spectre.
— La du Fresne ici !... s'écria-t-il. Ah ! misérable! le crime est consommé! Quelle furie t'a donc poussée, fille d'enfer!
Le visage de l'empoisonneuse s'anima ; ses yeux jetèrent des flammes ; sa bouche se contracta avec un horrible dédain; elle montra la Vénitienne d'un geste furieux, et laissa tomber lentement ces mots farouches, qui frappèrent au coeur Venezia et Gourdon :
— Tu as assassiné du Fresne et du Halot : du Fresne et du Halot se vengent par mes mains. Tu aimes cette femme, et je la hais!... Si tu te souviens, tu me comprends... lâche !... sois maudit! Je te laisse avec ta fiancée, qui n'a plus que huit jours à vivre... je ris de fa fureur et de tes larmes!
Venezia se précipita sur cette femme avec l'impétuosité delà lionne ; mais madame du Fresne 4. 12
126 LE CHEVAtlER DE PAMPEtONIïE.
l'ccartvi d'une main ferme, et, portant à ses lèvres la coupe qu'elle tenait encore :
— Colèrepitoyable..., dit-elle, voyez si je vous crains !
— Meurs donc, furie ! meurs trompée dans ta haine et ta vengeance, car ma fiancée, s'écria Pampelonne en prenant Venczia par la main, ma fiancée, la voilà !
L'empoisonneuse, qui avait vidé presque entièrement la coupe, la rejeta avec rage à ses pieds, ouvrit la bouche pour répondre, mais vacilla sur ses genoux tremblants, et tomba comme foudroyée, la face livide, le regard épouvanté, les mains crispées.
On voyait qu'elle avait voulu ressaisir rârae damnée qui s'était violemment arrachée de son corps; on voyait qu'un hideux désespoir avait accompagné son dernier soupir!
Venezia elle-même était tombée évanouie aux pieds de la marquise Fabiani.
Quant à Gourdon, il avait contemplé dans un morne silence cettte scène tragique où le doigt sévère du Maître Suprême avait fcùt justice. La douleur et l'effroi l'avaient pour ainsi dire paralysé.
Pampelonne vint embrasser le vicomte et lui dit :
— Le devoir et le service du roi m'appellent à