‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 16 sur 175 · CHAPITRE II. 3a · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 3a

bouche de cliacune d'elles un son de voix qui leur était propre, ces deux femmes se regardèrent fixement et en silence.

— Je vous remercie de votre obligeance , répondit la princesse, et souhaite de pouvoir la reconnaître mieux un jour ou l'autre... Mais n'est-ce pas vous que j'ai vue monter sur le bûcher dressé pour le Valois, et arracher Thorrible image dont le feu allait faire justice ?

— Oui, madame, c'est moi, répondit la marquise avec impétuosité, moi-même.

— C'est très-bien , mon enfant; mais écoutez ce conseil, et mettez-le à profit. Gardez-vous bien, désormais, de pousser aussi loin votre zèle pour la Ligue, et de témoigner avec autant d'énergie votre horreur pour le monstre que maudit la France. Si, par une erreur funeste, le peuple avait pris pour du dévouement à son ennemi l'élan de colère qui vous a transportée ce matin , s'il avait pensé que vous vouliez préserver du feu l'image du tyran, et non la mettre en pièces, vous vous seriez fait écharper par dix mille bras armés pour la plus sainte des causes et par la plus juste des haines, Vous pâlissez, mon enfant, le danger auquel vous avez échappé vous épouvante!... n'est-ce pas? Cependant je n'exagère rien, croyez-moi.

La Vénitienne avait écoulé la duchesse dans 5. i

04 I,E CHEVALIER DE PAMPEIONNE.

un profond silence; ses grands yeux étaient fixes; sa vue s'était troublée, elle était muette d'efFroi, de stupeur, el son cœur gonflé semblait vouloir bondir hors de sa poitrine... La voix de la princesse bourdonnait à ses oreilles comme un bruit sourd; son corps était immobile, sa pensée voyageait dans de sombres tempêtes.

— Mais enfin qu'avez-vous, madame? demanda la duchesse qui commençait à s'alarmer de ce silence, de cette pâleur, de ces yeux égarés, et pensait qu'elle pouvait bien avoir affaire à quelque folle.

La marquise pencha sa belle tète sur son sein pour dévorer les larmes qui commençaient à rempHrses yeux. La doubîur se faisait jour dans cette âme meurtrie; quelques instants de plus, et la noble femme eût été étouffée par l'émotion qui l'oppressait. La duchesse ne put qu'admirer la blancheur et la grâce de ce cou de cygne ployé devant elle ; la fière patricienne cacha ses pleurs et lorsqu'elle redressa tout à coup son front superbe, ses yeux dégonflés brillaient comme deux étoiles.

— Madame , dit-elle , c'est donc bien l'image du roi qu'on a voulu... qu'on a brûlée ce matin?

— Ciel! quelle question! mais sans doute... quoi ! vous me demandez cela, vous ?

— Pardon, madame, pardon ! ce n'est pas là

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