CHAPITRE VII
— Non ; mais j'ai eu une peur bleue en voyant tomber votre chapeau,.. Que diable! mon cher monsieur, marchez plus prudemment... Je prévois que vous n'avez pas deux minutes à vivre de la façon dont vous vous comportez.
Parapelonne, sans répondre, sauta dans le fossé, suivi de ses soldats, appliqua son échelle à la muraille, et se mit en devoir d'escalader.
Le bailli en fit autant de son côté.
Le rempart se garnit tout à coup de défenseurs; Pampelonne n'avait plus que quelques échelons à gravir pour mettre le pied sur le parapet, lorsqu'un ligueur, saisissant à deux mains le bout de l'échelle, la souleva, la détacha du mur, la balança et la renversa. L'échelle flotta un instant dans l'espace avant de rompre l'équilibre, puis, entraînée par le poids dont elle était chargée, elle tomba lourdement dans le fossé en rendant un bruit effroyable de jurons, d'armures et de gémissements.
— Je l'avais bien dit, murmura le bailli, qui s'était arrêté pour suivre les oscillations de l'échelle... Mon homme est mort! Adieu notre duel !
Et il déchargea l'un de ses pistolets sur un ligueur qui s'apprêtait à le renverser comme Pampelonne.
Agile et téméraire, le bailli s'élança le poignard
156 tE CHEVAITER DE PAMPEtONlTE.
(l'une main, l'épée dans l'autre, sur le rempart où il fut enveloppé «l tiré à bout pourtant.
Pampelonne s'était relevé tout meurtri et avait recommencé son ascension ; le hasard avait voulu qu'il tombât sur Tun de ses hommes, tombé lui-même dans un bourbier, de sorte que sa chute ayant été amortie, il en avait été quitte pour de graves contusions; pins heureux dans sa seconde tentative, le chevalier avait escaladé la muraille, suivi d'une cinquantaine d'arquebusiers écloppés, et il s'était mis à la poursuite des ligueurs que le bailli, de son côté, chassait dans la ville l'épée dans les reins.
Pendant que les troupes royales exécutaient ce coup de main hardi, le maréchal de Biron, qui commandait le siège, avait profité de la di- •\'ersion pour enlever la brèche pratiquée par son artillerie sur un antre point, de sorte que la ville fut prise d'assaut, en même temps, par ses deux extrémités. Les ligueurs, forcés sur les remparts, se jetèrent dans les maisons et s'y barricadèrent, Il fallut emporter une à une toutes ces maisons et s'y battre à corps perdu. Les balles, les grenades, l'eau bouillante, pleuvaient que c'était merveille! Les femmes — tant le fanatisme de la Ligue était puissant et résolu — ne craignaient pas de se montrer aux fenêtres d'où elles lançaient sur les assaillants leurs meubles et des pierres.
CHAPÏTKE VU. 137
La ville était à sac; des clameurs sinistres s'élevaient de tout côté pour signaler l'échec ou la victoire. Les royalistes, furieux d'une résistance aussi opiniâtre, faisaient main basse sur leurs prisonniers, mettaient le feu à tous les coins et pillaient à cœur joie.
Pampelonne poursuivait autre chose que la victoire; il poursuivait un homme et une idée.
Il aurait donné Poissy, son château et ses bicoques, son château, ancienne demeure des rois de France, et ses bicoques lézardées, pour joindre la Gazette et lui faire rendre gorge : aussi cherchait-il le Normand avec un entêtement fabuleux. Il questionnait les blessés, promettait les plus séduisantes récompenses à qui le lui ferait découvrir, et ne recevait partout que de vagues indications.
Au détour d'une rue que M. de Biron venait de balayer, le chevalier rencontra le bailli de Clerraont, qui, sans chapeau, les vêtements déchirés, l'épée brisée, le visage souillé de sang et de poussière, faisait bondir entre ses jambes un magnifique cheval noir à crins flottants.
— Eh bien ! quelle nouvelle ? demanda le Gascon.
— Bonne nouvelle, ma foi ! je tiens Pompée, le fameux Pompée ! Je l'ai trouvé qui vaguait dans la cour de cette maison en face de nous.
LE CHEVALIER DE PAMPELONNE. i. iô
138 LE COEVALIEP. DE P\MPELONNE.
— C'est le cheval de la Gazette ?
— Oui, morbleu! c'est lui. Aussi n'ai-je plus rien à faire ici... Ma prise me suffit.
— Et voire château de Dourdan ?
— Bah! j'y renonce... On dit que la Gazette est mort.
— Vcntre-saint-gris! le croyez-vous?
— C'est très-croyable ; il s'est fait une fameuse tuerie partout par là, et le pauvre baron doit être occis.
— Mais comment ce cheval se trouvait-il dans cette maison?
— C'est laque demeurait notre baron... un fameux homme, ma foi!... c'est dommage qu'il ait été fauché par nos gens... Après tout je ne lui en voulais guère et je ne lui en veux plus.
— Vous êtes charitable. C'est une belle vertu que la charité, mais je la pratique rarement pour mon compte. .. Bref, je veux mon Normand, il me le faut!
— Cherchez-le donc parmi les morts.
— Avez-vous fouillé cette maison ?
— Du haut en bas, oui.
— Et vous n'avez rien vu?
— Rien qui ressemblât au baron.
— Et vous n'avez rien entendu?
— Rien.
— Vous ne savez pas chercher, suivez-moi.