CHAPITRE VIII / ISl
c'est un homme sûr. Le message rempli , repars pour Saint-Cloud sans débrider, et présente-toi de ma part à mon cousin à qui tu feras même confidence. Avant que nos sybarites aient pris leurs mesures, Rosny sera dans les jardins du Louvre... Allons, en route!
— Mais, sire, ne pourriez-vous pas confier à un autre l'honneur de cette mission?
— -Non, à nul autre ijue toi... Je ne suis assuré de personne autour de moi... Ton hésitation me semble étrange !
— Ah ! sire, c'est que j'avais à vider ici une affaire bien grave et surtout bien importante.
— De quoi s'agit-il ?
— Des diamants, sire, des diamants!...
— Tu les as retrouves ?
— Je tiens le voleur, il est mon prisonnier ; je n'ai plus qu'à l'intimider, le questionner, le pousser et lui arracher le secret de la cachette où il doit avoir mis son trésor.
— Où est ce prisonnier? comment le noinmet-on?
— C'est le Normand la Gazette, c'est lui qui défendait Poissy, je l'ai confié au bailli de Clermont, il est entre bonnes mains... mais le coquin est rusé, hardi : s'il venait à ra'échappcr, ce serait un grand malheur, car tout près du Louvre que vous êtes, sire, je ne vois pas que vous ayez en-
ib2 LE CHEVALIER DE PAMPELONKE.
eore de quoi faire rapiécer votre pourpoint. Le Béarnais se mit à rire de belle humeur; ou sait que ce grand prince se taisait gloire de sa pauvreté et de ses méchants habits ; il aimait la rondeur de langage de Pampelonne, et cherchait même à la provoquer pour jouir des saillies du Gascon.
— Je te réponds de ton homme ou plutôt de notre homme; pars sans souci. Ton voleur ne m'échappera pas.
— Dès que Votre Majesté se fait caution , je n"ai qu'à obéir, et c'est avec joie que je vais la servir; mais, de grâce, daignez recommander vous-même au bailli de Clermont de ne traiter à aucun prix de la rançon de la Gazette avant mon retour.
— C'est entendu et convenu.
Pampelonne tourna bride, et piqua des deux. Il était deux heures de l'après-midi lorsque le
Gascon quitta Poissy ; à huit heures l'infatigable cavalier mettait pied à terre devant une cabane où logeait M. de Rosny, à deux lieues en avant de Vincennes. Pour arriver là , Pampelonne avait fait un détour énorme par Sèvres et Charenton, afin d'éviter les différents partis qui éclairaient, pour la Ligue, les avenues de Paris.
Sa mission accomplie , le chevalier prit un cheval frais, et se remit en route pour Saint-Cloud