‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 17 sur 175 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ce que je voulais dire, je vouhiis vous demander si ce portrait exposé à la l'ureur... à la fureur légitime du peuple, est bien ressemblant?

— Jamais l'apostat n'a été mieux peint; cette toile était un cbcf-d'œuvre ; jamais le pinceau n'a réussi avec plus de bonheur à tracer sur le front de notre Ilérodc, de ce Sardanapale sans cœur, de cet assassin, de ce lâche sans foi, de ce capucin damné, de ce cagot menteur et hypocrite, tous les vices dont il est gangrené. La laideur du péché se lisait assez sur cette face odieuse pour que chacun la reconnût. Comment expliquer votre ignorance? Vous n'avez donc jamais vu le Valois? Votre haine n'est donc inspirée que par la malédiction publique ?

La Vénitienne s'était sentie ranimée parce torrent d'injures; ses joues s'étaient subitement colorées. Elle se contint par un violent effort et reprit :

— Vous connaissez assez tous les grands de l'État, madame, pour savoir s'il existe en France, à la cour ou dans la Ligue, un homme dont le visage soit le même que celui du Valois.

— Personne en France, gentilhomme ou manant, n'a ce malheur, Dieu merci ! Nul n'est à ce point abandonné du ciel !

— Cependant... le comte... le comte de Saveuse ?

En prononçant ce nom , en faisant cette question, la marquise se sentit fail)lir; ccpendantelle prêta l'oreille à la réponse avec avidité.

— Le comte de Saveuse ! mais c'est notre ami le plus chaud , c'est un chevalier d'honneur, de vertu ; c'est le plus brave champion de l'union catholique!...

— Eh bien! ne ressemble-t-il pas...?

— Ah! par Notre-Dame! quelle calomnie!

s'écria la duchesse.

Et elle frappa sur un timbre placé à sa portée.

Un officier entra.

— Priez M. de Saveuse de venir nous parler, dit la duchesse avec un sourire dont elle ne put se défendre, vous le trouverez dans son appartement.

— Il est dans la salle d'attente avec les gentilshommes.

— Priez-le d'entrer. . . Vous ne l'aviez donc pas aperçu? ajouta la duchesse en s'adressant à la signora Fabiani.

La Vénitienne tressaillit et baissa les yeux , un nouvel orage éclata dans son cœur.

Le comte de Saveuse se présenta avant que la marquise eût pu répondre à la question qui lui était faite.

— Approchez , cher comte, dit toujours en souriant la duchesse, et venez vous blanchir d'une odieuse accusation.

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