‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 169 sur 175 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

pistolet au polug et faisait marcher le capitaine devant lui.

II fit pendant la nuit un clair de lune superbe, ce qui eût ôté au Normand toute idée d'évasion s'il eût voulu fuir; mais il était de bonne foi et résigné.

Le lendemain de très-bonne heure, nos voyageurs entrèrent dans la grande allée du château et mirent pied à terre dans la cour d'honneur, où Venezia fut la première personne qu'ils rencontrèrent.

Pampelonnc, sans perdre de vue son prisonnier, se jeta aux genoux de sa fiancée, qui lui tendit la main et détourna la tête pour cacher quelques larmes.

— Je vous devine, signora, dit le chevalier, je vous devine et ne vous interrogerai pas ; je comprends qu'un affreux malheur met le deuil dans ce château... La marquise...

— Elle existe, mon ami, mais, hélas ! nous comptons les minutes que la charité du Tout- Puissant lui donne encore à vivre.

— Et Gourdon ! mon pauvre Gourdon ?...

— Son désespoir nous navre ! il fait pitié... Venez, chevalier, votre présence adoucira l'amertume de sa désolation.

— Chère Venezia, le ciel nous a été propice, et à côté de notre bonheur il a placé de noirs

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chagrins pour nous rappeler que tout est peine et joie dans ce monde. J'ai complètement réussi dans mon entreprise, et j'amène à vos pieds ce grand coupable... Allons, coquin, à genoux! dit le Gascon à la Gazette, et demande pardon à cette noble dame du crime que tu as commis.

La Gazette s'exécuta de bonne grâce ; il était dans l'un de ses bons moments, il éprouvait par hasard l'un de ses accès de probité, si rares qu'il criait lui-même au miracle, lorsque se tâtant le cœur il les sentait venir. Il s'agenouilla donc devant Venezia, et lui dit avec toute l'émotion dont il était susceptible :

— Il est vrai, ma bonne demoiselle, que je vous ai dépouillée assez malhonnélement; mais je peux vous affirmer que le démon s'en est mêlé, car je vous conterai plus tard comment s'est passée toute Ihistoire. Si j'ai fait preuve d'une conscience un peu large à l'endroit de vos diamants, c'est que j'avais, comme on dit, les poches à sec et retournées l J'étais fort misérable à cette époque, et vous me sembliez être, vous, dans l'opulence. J'ai bien eu l'idée de ne prendre qu'une grosse poignée de ces beaux diamants dont vous ne savez pas le compte assurément, et de vous rendre le reste ; mais chaque fois qu'avec cette intention je plongeais la main dans cette boîte étincelante, ma main, qui s'ouvrait fort

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