‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 170 sur 175 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

grande, refusait de se fermer. Bref, voici la clef du coffre : quand on est aussi riche que vous, on pardonne aisément à un pauvre hère comme moi.

Venezia fit signe au capitaine de se relever, et remettant la clef de son trésor à Pampelonne, elle lui dit :

— Ceci n'appartient qu'à vous, mon seigneur et maître.

Gourdou arriva, et se jeta dans les bras du chevalier, qu'il tint longtemps pressé sur si poitrine. Les deux amis ne se parlèrent pas; une douleur sympathique les rendait muets, l'un et l'autre ; mais, dans cet éloquent silence, leurs nobles coeurs se comprirent et se soulagèrent.

— Puis-je la voir ? demanda enlia Pampelonne.

— Non, mon ami, pas dans ce moment, elle dort... Venezia, retournez à son chevet, le médecin vous réclame.

Venezia fit un signe d'adieu et d'amour à son fiancé, puis elle se retira.

— Le médecin que tu as appelé est-il sûr et éclairé? demanda le chevalier.

— C'est l'alchimiste, c'est l'Espagnol Barbaste, l'inventeur du poison ; il lutte lui-môme, avec énergie et désespoir, hélas ! contre la foudre partie de ses propres mains.

— Et que clil-il?

— Il dit que la dose employée a produit d'aii'reux ravages, il dit que, sans ses efforts, la marquise aurait déjà succombé, mais sa science est à bout, la mort s'est emparée déjà de sa noble victime... demain... demain! dans la matinée, l'âme du bel ange aura sa place au ciel !

Pampelonne pencha la tête de son ami sur son sein, et l'embrassa, puis il rciirit :

— Courage donc, vicomte! il est impie de se révolter contre la volonté suprême : soyez aussi grand que votre infortune, et cherchez une consolation dans l'affection de vos amis et l'éclat de votre gloire.

Gourdon se détacha doucement, et sans répondre, de rétrcinte du chevalier, et alla s'asseoir, sombre et rêveur, sous le berceau de feuillage et de fleurs que le bailli de Clermont avait choisi pour élever un mausolée à ses deux adversaires ou à lui-même.

— Ce brave gentilhomme rac fend le cœur, dit la Gazette en passant ses doigts dans sa moustache pour se donner une contenance et dissimuler son émotion.

Pampelonne soupira etréponditdistraitement:

— Venez me montrer votre cachette, capitaine, pour en finir avec cette affaire.

— Oui, cela nous occupera.

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