‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 2 sur 175 · CHAPITRE PREMIER. O · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. O

à coup la marquise. Cette terrrible attente me tuerait... Nous allons descendre dans la ville, nous irons nous prosterner dans une église pour remercier Dieu de la grâce qu'il me fait; puis, mettant nos masques , nous nous porterons à la rencontre du saint cortège.

— Je vous approuve, chère marraine, car, comme vous, j'ai hâte de voir... et d'entendre.

— Comme moi, pauvre petite! comme moi!

— Plus que vous, murmura la gitana dont les yeux brillèrent. Vous ne savez donc pas tout ce que vous garde mon cœur d'amour et de vénération, de tendresse et de dévouement ! Pensez, madame, que ce cœur n'a jamais aimé que vous et la mémoire des miens ! Pensez que, si vives que soient ses ardeurs, si brûlant que soit le sang de mes veines, si vierges que soient mes pensées, je puis jurer de vous être plus attachée, à vous ma bienfaitrice et mon idole, qu'à l'homme dont un jour je pourrais m'éprendre.

— Illusion, chère enfant, doux mensonge que tu te fais à toi-même !

— Je le jure, repartit Venezia avec élan et fermeté : si Dieu le permet, vous verrez...

La marquise prit entre ses mains le front de sa compagne , et le baisa tendrement ; puis , s'appuyant sur son bras, elle sortit de son appartement,commanda qu'on préparât tout pouri'arrivée

4 LE CHEVALIER DE PAMPELOTinE.

de la duchpsse de Mont[)ensier,et demanda dans quelle partie de la maison devait loger le comte de Savcusc. On lui indiqua une galerie au bout de laquelle se trouvait ce logement, dont la porte était ouverte. La marquise jeta un coup d'œil à Venezia, qui, comprenant aussitôt, dit à voix basse :

— Allons le visiter.

La marquise se laissa entraîner sans efforts, tressaillit en posant le pied sur le seuil de la première porte, se soutint d'une main tremblante à la boiserie, et se glissa dans la chambre que devait occuper le comte, comme un oiseau blessé dans un buisson.

Lapparlement était prêt à recevoir le noble voyageur. Venezia s'arrêta dans l'embrasure d'une croisée, pour laisser agir sa marraine. L'intelligente enfant comprenait ce que cette visite avait de touchant. Elle sentait battre son cœur, comme si l'émotion qui déchirait le sein de la marquise fût née de ses propres sentiments; elle épiai d'un regard sombre et sauvage tous les mouvements de cette femme que tant de malheurs avaient éprouvée, qu'un amour fatal avait perdue, et qui, depuis quinze ans, savourait pour la première fois les douceurs d'un fol espoir !

La marquise Fabiani s'agenouilla sur la marche d'un prie-Dieu, courba la tête et étoufTa quelques

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