‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 3 sur 175 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sanglots. Ce qui se passait dans l'âme de la Vénitienne, nous ne le dirons pas ; vous qui avez iiiraé, vous le devinez, vous le sentez, vous le savez. L'homme qui en la fuyant avait emporté ses plus chastes pensées, son amour et sa vie ; l'homme qu'elle était venue voir de si loin, à travers tant de périls ; l'homme qu'elle adorait encore malgré le double crime de son absence et de son silence, qu'elle avait perdu de vue depuis quinze mortelles années, allait, dans quelques heures, habiter cette chambre où elle priait pour lui, s'agenouiller au même endroit qu'elle, croiser ses mains sur la même tablette, promener ses regards sur les mêmes objets, respirer le même air qu'elle, et fouler de ses pas le même tapis. L'âme de la marquise s'abîma dans une rêverie mélancolique, où tout le passé lui apparut chargé de sombres couleurs, où l'avenir se dora d'un rayon d'espérance aussi doux, que ce premier rayon de lumière qui chasse les ténèbres et jette ses reflets rosés à l'horizon ; elle pria pour celui qu'elle ne pouvait, qu'elle n'osait pas encore hair; et malgré elle, ses lèvres brûlantes couvrirent de baisers la tablette qui avait reçu ses pleurs!

La marquise se leva, détacha une fleur de son corsage, la posa sur le prie-Dieu, laissa flotter un dernier regard autour d'elle ; et, reprenant le

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bras de la gitana, elle sortit, à pas lents, de cette chambre où elle aurait voulu, au prix de son sang, être légitime souveraine aux genoux de celui qui lui avait si souvent juré d'être à jamais son esclave !

— Ecoute, Venezia, dit la marquise en entrant dans la rue, un pressentiment funeste me prédit que je ne mettrai plus les pieds dans la pièce que nous venons de quitter.

— Ce sera donc moi qui les y remettrai, répliqua la gitana avec calme.

— Et pourquoi?

— Parce que si le comte est ce que fut don Vives, je ferai, moi, ce que firent Pebio et la fille du soleil.

— Malheureuse!...

— Je le ferai, interrompit Venezia , à moins que mon sang ne se fige tout à coup dans mes veines... Qu'est ceci? ajouta la gitana, en montrant un bûcher qu'on avait élevé sous les fenêtres de la maison d'où elle sortait.

— Je l'ignore, répondit la signora. On veut célébrer là quelque cérémonie de la Ligue, sans doute... entrons dans cette église.

Après avoir adressé au ciel de ferventes actions de grâce pour la rencontre inespérée qu'il allait bientôt permettre, la marquise et sa compagne se mêlèrent, sous leurs masques, aux flots

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