CHAPITRE II
avant peu nous nous hattrons à merveille, car on dit que les deux rois nous viennent assiéger. On m'admet dans le conseil de guerre , et je n'y donne qu'un avis : celui de battre l'ennemi : vous voyez que je lais toujours à peu près la même chose.
— Eh bien ! rien n'est plus facile que ce que je vais vous demander.
— Ordonnez.
— En tout lieu, en toute occasion , vous vous ferez battre... cela ne sort pas de votre profession.
— Diable ! mais cela sort terriblement de mes habitudes... Expliquez-moi vos idées; j'ai lacer velle un peu paresseuse.
— Je suis l'amie du roi, moi, entendez-vous? les calomnies qu'on répand contre lui, les injures, les infamies dont on outrage Sa Majesté m'indignent, me révoltent; et, toute faible femme que je suis, je veux qu'il ait raison des haines dont il est entouré; je veux qu'il rentre dans sa capitale, qu'il remonte sur son trône et châtie ses ennemis.
— Peste! voilà une besogne un peu dure!... vous n'y allez pas de main morte, signora ; avec une armée de femmes comme vous, le Valois serait bientôt au Louvre! Ah çà! mais il me semble que vous vous y prenez singulièrement
dans vos projets. Ne scioit-i! pas plus simple de ra'eugagcr à passer du côté des politiques, et de battre les ligueurs, an lieu de me faire battre par les excommunies ?
— Non... ce ne serait quiine épëc de plus au service de Sa Majesté... Ce sont des victoires qu'il nous limt, et je compte sur vous pour les défaites.
— Ou vous avez la tête bien dure , ou vous comprenez cela parfaitement, la Gazette , interrompit Venezia.
— Pardon ! je ne comprends pas du tout , ciir je ne vois pas clairement le profit que je tirerai de cette diplomatie.
— Le roi sera informé de votre conduite... Vous vous arrangerez de manière à lâcher pied dans toutes vos rencontres avec l'armée de la cour ; puis , assiégé dans Paris , vous livrerez le faubourg dont vous aurez le commandement...
— Très-bien ! . . . Après ?
— Après , le roi vous nommera lieutenant général, il vous fera un cadeau sur son trésor, et...
— Et?
— Et moi , je vous prierai d'accejiter comme gage de ma reconnaissance , mon palais de Venise et cent raille écus.
— Hum ! hum ! fit la Gazette en toussant plusieurs fois de suite. Quel dommage !