‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 22 sur 175 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

FaiU's moi préparer deux chevaux pour cette nuit, et commandez à l'un de vos c.ivaliers de se tenir à mes ordres quand il en sera temps... Dieu vous garde, M. le baron.

La Gazette, étourdi par ce dernier mot , se relira en marchant à reculons.

Aussitôt qu'il fut parti, la signora Fabiani tomba à deux genoux, tira de son sein le lambeau de la bannière qu'elle y avait caché, contempla avec des yeux pleins de larmes les traits d'Henri III, et s'écria :

— Oh! mon Dieu! tout, dans ce cœur que vous m'avez donné, est amour et pardon.

— C'est donc lui? murmura Venezia d'une voix grave, quoique émue.

— Oui, c'est lui que j'ai retrouvé sur un bûcher d'infamie, lui que tout un peuple maudit, lui malheureux, poursuivi.

— Le roi ! interrompit la gitana, le roi !

Et elle appuya sur ce mot avec l'accent d'une sourde colère, pendant que tout son être semblait se recueillir.

— Oui, le roi, mais tel que je l'ai connu, sans royaume, sans couronne...

— Sans foi, sans honneur et... sans amour!

— Venezia!

— Et vous irez au-devant de cet homme, pauvre maîtresse chérie, parce que vous en avez

LE CHEVALIER DE FiUFELOMNE. 3. J

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pitié ! Parce qu'il est abandonné, exécré de tous, vous voulez lui tendre la main... Vous l'aimez donc encore?

— Si je l'aime ! s'écria la marquise. Ah ! pauvre Venczia, la fleur qu'a courbée l'orage cesset-elle d'aimer le soleil parce que ses rayons lui ont manqué pendant quelques jours? Cessonsnous d'adorer Dieu parce qu'il nous éprouve? Puissant , j'eusse méprisé le roi, je l'eusse fui ou m'en serais vengée, et je couvre de baisers l'image de cette Majesté déchue, maudite et persécutée. . . Voilà mon âme ! . . . Nous partirons cette nuit pour Beaugency.

— La fdle de l'inca , ma grand'mère, fit ce que vous allez faire : elle courut des montagnes des Andes à Madrid pour y chercher son époux; son cœur était un trésor d'amour et de pardon comme le vôtre ; elle trouva don Vives ! . . . un débauché lâche et ingrat!... Nous partirons cette nuit, chère maîtresse, car je suis votre ombre... je suis votre Peblo !

La marquise tressaillit à ce souvenir, et joignant ses deux mains, le front tourné vers Dieu, elle pria.

Venezia la regarda faire en silence , deux grosses larmes roulèrent sur les joues de cette fille intrépide, altière et dévouée qui, pour la pi eniièie fois de sa vie sans doute, pleurait.

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