‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 23 sur 175 · LE ROI · texte numérisé non relu

LE ROI

L'échec que les troupes du duc de Mayenne avaient essuyé à Tours, devant l'armée des deux rois, avait tiré Henri III de son inconcevable apathie. Ce prince avait même retrouvé à l'assaut des faubourgs de la ville, où sa vie et sa liberté furent en grand danger, quelques lueurs de ce courage qu'il avait déployé à Jarnac et à Moncontour, et qui avait donné sur son avenir de si trompeuses espérances. La sombre mélancolie, ou plutôt la torpeur dans laquelle il était plongé depuis la mort des princes lorrains et la mort de sa mère, semblait l'abandonner ; mais, par un

i8 LE CHEVALIER DE PAMPELONNE.

penchant funeste de cette nafiire dépravée qui le jetait sans cesse dans des excès contraires, il était revenu à ces débauches, à ces orgies, à ces dissipations qui ont fait la honte de son règne, parce qu'il en donnait l'exemp'e, parce qu'il les encourageait autour de lui par sa faiblesse, par la mollesse de son âme, par son engouement pour quelques favoris auxquels toute licence était permise.

Henri III n'avait que trente-neuf ans à cette époque ; mais son physique se ressentait du dépérissement de ses facultés morales : les jeûnes plus ridicules tjue sévères qu'il s'imposait, dans les élans superstitieux d'une dévotion trop exagérée pour être sincère, sa paresse, ses goûts efféminés, la fatigue, résultat des débauches de sa jeunesse, l'engourdissement de sa pensée, avaient arraché de son corps, avant Tàge, les forces dont l'avait doué la nature.

Les hontes que ce roi avait essuyées de la part de son peuple n'avaient que faiblement excité sa colère, et si elle s'éveilla aux étals de Blois, ce ne fut qu'à l'instigation de Calherine de Médicis, qui. mourante, réchauffa de son dernier souffle l'âme pusillanime du dernier de ses trois fils.

Cependant, nous l'avons dit, le combat de Tours, l'intervention puissante et protectrice des Imguenofs, la joie de voir humilier l'arrogance

Page 1