CHAPITRE III. A
des ligueurs, l'espoir de rentrer en maître daus Paris, avaient en quelque sorte galvanisé ce corps sans âme, et l'avaient porté à quelque mouvement. Jaloux des faits d'armes et de la renommée du roi de Navarre, Henri 111 avait tiré l'épée qui, depuis si longtemps, dormait dans son fourreau, et quoiqu'elle fût trop lourde pour sa main débile, il avait juré de ne la déposer qu'au Louvre.
Tout en cédant à cet entrain viril, le Valois ne s'était pas séparé de ses mignons ; au contraire , il se croyait engagé vis-à-vis d'eux à rejjrendre sa vie licencieuse au point où il l'avait laissée, pour se jeter aux bras des capucins, au sein des confréries, et il les excitait à la licence, sinon par ses actes, — sa santé altérée le lui interdisait, — du moins par ses bravades, ses discours, ses prodigalités et sa présence à leurs orgies.
Tel était le roi au-devant duquel la marche naturelle des événements qui font le sujet de ce livre nous conduit. Il rentrait d'une expédition qu'il avait tentée sur Poitiers, où il pensait entrer sans coup férir ; mais les ligueurs, qui tenaient cette place, l'avaient salué à coups de canon ; et comme il manquait d'artillerie pour faire brèche aux remparts, il avait dévoré cet affront, remettant à d'autres temps le soin de châtier cette insolence, et avait rejoint le gros de l'armée du Béarnais à Beaugency. Le lendemain
de son entrée dans cette ville, il avjiil appris la défaite du duc d'Aumalc à Senlis, et cette bonne nouvelle, dissipant sa mauvaise humeur, l'avait mis en gaieté.
Quoique les huguenots prêtassent un appui loyal aux cathoh'ques, quoique leur illustre chef se réservât, eu toute occasion, les postes les plus périlleux, et confiât à ses troupes les entreprises les plus audacieuses, il y avait à la cour guerrière d'Henri III deux partis bien tranchés. Les favoris, et à leur tête d'Épernon, Bellegarde, d'O, Nogaret, Villequier, s'attachaient à dénigrer les ofiiciers calvinistes, à tourner en ridicule leurs justaucorps de buffle, leur pauvreté, leurs actions et leurs discours. Le roi écoutait volontiers les quolibets, les épigrammes de ses flatteurs qui, tout en caressant son amour-propre, tendaient à rabaisser le mérite de ses alliés. Aussi ne voyait-on jamais, dans son intimité, aucun des gentilshommes dont les épées le servaient cependant si bien. Il vivait dans son camp ou dans les villes qui lui ouvraient leurs portes, comme il avait vécu au Louvre, donnant des fêtes, faisant des dépenses énormes pour sa table et pour le jeu, ne paraissant enpublic qu'entouré de ce cortège qui, de tout temps, lui avait attiré le mépris et la haine de ses sujets révoltés.
Le jour même où il apprit la victoire de Senlis,