‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 25 sur 175 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

il convia sa bando à un souper splendidc, et il s'enferma avec clic, pour se livrer, jusqu'au lendemain, à l'une de ces tempêtes qui faisaient dire aux compagnons de ses débauches :

— Le roi rajeunit.

Quoique la guerre eût tout dévasté dans le pays, quoique la disette se fît hcntir dans les campagnes, quoique les soldats des deux armées manquassent souvent de pain à leur bivac, le Valois, en épuisantson trésor, trouvait le moyen de pourvoir sa table des mets 'es plus délicats, des vins les plus exquis. Son intendant s'était surpassé ce jour-là : il avait déployé une intelligence barbare en accaparant, pour un seul repas, des provisions qui eussent fait vivre longtemps de nombreuses familles. Il avait ordonné sa fête avec un luxe effréné. Dix gentilshommes parés de velours et d'or, sans pitié pour les pauvres qui mouraient de faim autour d'eux, allaient s'asseoir, le front couronné de fleurs, comme les patriciens du bas empire, comme eux le cœur perdu de vices, à un banquet où la folie écbevelée, où l'ivresse sans honte devaient aussi prendre place.

La salle de ce festin était vaste, meublée avec faste, tendue d'un velours écarlate sur lequel rejaillissaient des flots de lumières échappées des lustres d'or où brûlaient des centaines de bou-

b2 LE CHEVALIER DE PAMPELO^fUE.

gies parfumées; des glaces de Venise du plus grand prix se renvoyaient toutes ces gerbes de feu en les multipliant. Des vases florentins, des vases étrusques chargés de fleurs, étalaient la somptuosité de leur marbre élégant, et mêlaient leurs émanations printanières aux suaves parfums que ré|)andaient de riches cassolettes. La table était couverte dune vaisselle éblouissante que le duc d'Épernon prétait au roi. Des pages vêtus de velours et de satin, les bras et le cou DUS, les cheveux parfumés, le regard pétillant, se tenaient, respectueux, au poste que leur avait assigné le savant ordonnateur de cette fête.

A côté de cette salle, et s'ouvrantsur elle, était une autre pièce qu'Henri III appelait son cabinet. Ce cabinet avait deux issues, lune communiquant avec le dehors, et que gardaient habituellement quatre gentilshommes delà compagnie des ordinaires ou des Quarante-Cin(j ; l'autre donnant, nous lavons dit, sur le salon de réception ; loratoire du prince faisait suite à cet appartement.

Les gardes avaient pour consigne de ne laisser arriver personne jusqu'au roi. et cette consigne était fidèlement exécutée, caries ordinaires, tous cadets de Gascogne voués corps et âme au Valois, qui les entretenait sur un grand pied, étaient au-

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