CHAPITRE ni. b
torisés à tuer sur piace (piiconque aurait voulu forcer la porte.
Ce qu'on voyait, ce qu'on entendait dans le cabinet du Valois était tellement étrange, que nous prions le lecteur de vouloir bien s'y glisser avec nous; il y prendra sur le fait ce roi de France dont l'extravagante folie mérite plus de pitié que de colère.
Le roi achevait sa toilette. Par un caprice de cette nature étrangement dépravée, ce prince, qui avait les femmes en horreur, aimait à se travestir avec leurs habits ; il avait, au suprême degré, la manie des déguisements, et on le voyait rarement huit jours de suite avec le même costume. Tantôt pénitent, tantôt mignon, tantôt roi et tantôt femme, il se montrait toujours affublé de quelque façon ridicule. Lorsqu'il était atteint d'un accès de dévotion, il s'enveloppait d'un sac mouillé, marchait ])ieds nus et faisait, dans cet accoutrement, des pèlerinages publics. Sully raconte dans ses Mémoires qu'ayant été présenté à Henri III à Saint-Maur, il fut bien surpris <le voir ce monarque le chapeau sur la tète, Tépée au côté, assis dans un fauteuil, et portant suspendu à son cou par un ruban un panier plein de carlins de la plus petite espèce dont il semblait être exclusivement occupé. « Il se tenait si immobile, dit le duc, qu'en nous
parlant il ne remua ni tète, ni pieds, ni mains.»
A la méchanceté et à la grandeur près dans le vice, le dernier des Valois renouvela sur le trône de France les saturnales et les folies de Caligula et d'Héliogabale, ces deux fous couronnés de l'antiquité.
Henri III, on l'a dit avec raison, dépensait beaucoup plus en luxe et en prodigalités pendant la paix, qu'aucun des souverains de son temps pendant la guerre et pour la guerre ; il ne mettait pas moins de cent mille écus, chaque année, à l'entretien de ses carlins qu'il faisait acheter en tous pays ; ses singes, ses perroquets lui coûtaient pareille somme, et son parfumeur était son plus gros créancier.
Le roi achevait sa toilette, avons-nous dit. Deux pages et deux valets l'assistaient dans cette grave occupation ; les pages tenaient en main le miroir, les pâtes, le rouge, les différents ingrédients et les parfums qui devaient donner le dernier éclat à ce corps efféminé, à ce visage honteusement altifé. Les valets ajustaient les bracelets, les diamants, les colliers et le corsage de cette petile-maitresse, car le roi se déguisait en femme ce soir-là.
Pendant qu'on teignait, lustrait et embaumait ses cheveux avec soin, pour dissimuler leur rousseur, Henri s'esseyait à grasseyer comme une