‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 28 sur 175 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Son entrée dans le grand salon fut saluée de vives acclamations, et ce fut, parmi les mignons, à qui tournerait le compliment le plus fade et le plus puéril dont fut jamais encensée femme coquette et courtisée.

Les convives se mirent à table, et le festin commença. Bientôt le vin échauffa les têtes, les fumées du falerne excitèrent tous les cerveaux ; les propos licencieux coururent de bouche en bouche, et les mignons se montrèrent dignes de leur réputation déboutée.

Montigny, Bellegarde, Nogaret, Lansac, Chavigny, le bailli de Clermont et d'Épernon rivalisèrent de saillies, d'entrain, de folies échevelées ; Villequier et d'O, son gendre, libertins par excellence, fastueux dépravés , concussionnaires audacieux, se livrèrent à toute la fougue de leurs exécrables penchants.

Mais Henri III se montra le roi de la fête ; il donna l'élan à cette saturnale impie, où rien n'était respecté, ni la gloire de-Dieu, ni la vertu des hommes !

Le désordre était tel dans cette mêlée de vices et de passions effrontées qu'il effaçait toute retenue et faisait oublier jusqu'au rang de l'amphitryon. Henri avait l'habitude de tutoyer ses favoris, mais ses favoris n'avaient jamais poussé la licence jusqu'à tulo;yer le roi. Cette limite 5. 6

58 LE CHEVALIER DE PAMPEI.ONÎVE.

qu'ils s'étaient imposée jusque-là, ils la franchirent, et, loin d'en paraître offensé, le roi cria bravo, et embrassa le marquis de Lansac, qui, le premier, s'était oublié à ce point.

A dater de ce moment, le festin dégénéra en orgie complète, et chacun s'exprima à cœur ouvert.

— Allons , bailli, toi qui vises à l'héritage de Ronsard, chante- nous des rondeaux ! s'écria Henri; amuse-toi, amuse-nous; parle de la Ligue, parle du diable, parle de nous... Tu es triste.

— Sire, je rebâtis un quatrain.

— Récite-le.

— Ce quatrain est une satire dirigée contre toi par la Ligue.

— Raison de plus pour nous en régaler, la Ligue ne manque pas d'esprit.

— On fait allusion à les pèlerinages, à tes dévotes mascarades :

Après avoir pillé la France Et tout sou peuple dépouillé.

N'est-ce pas belle pénitence De se couvrir d'un sac mouillé?...

— Assez ! cria le roi ; ces impies n'ont rien de sacré, ils me raillent jusque dans mes dévotions. Par tous les diables! le sac que je porterai à mon prochain pèlerinage à Notre-Dame ne sera

Page 1