CHAPITRE III
mouille que de leur sang. Tu es décidément maussade, cette nuit, bailli... Allons! Nogaicl, un couplet sur la Ligue, mon fils; venge ton père.
— Vous connaissez tous, dit Nogaret, le petit nez du Guisaid, fils du Balafré ; vous savez que les ligueurs l'ont élu roi de Paris : savez-vous pourquoi ?
— Non ! non !
— C'est que :
La Ligue se trouvant camuse, Tous les ligueurs, bien étonné», Se sont avisés d'une ruse En se donnant un roi sans nez.
— Bravo! Nogaret, bravo! cria le roi, je te donnerai, moi, le duché de Mayenne potir ce trait d'esprit. Clermont n'est plus qu'un sot près de toi.
— Et savez-vous ce que répond la Montpensier à cette impertinence? ajouta le bailli de Clermont qui tenait à prendre sa revanche.
— La réponse, la réponse? demanda le roi.
— La voici :
Le petit Guisard l'ait la nique  tous vos quatrains et sonnets ; Car, étant camus et punais, Il ue sent pas quand on le pique.
— Te voilà rétabli dans la réputation, bailli, interrompit Henri III qui riait aux éclats. M. de Pel'evé, notre satan-eardinal, mourrait de dépit s'il entendait draper ainsi son idole.
— Pellevé est Tànc le mieux bâté de ton royaume, répondit le bailli ; il s'est mêlé de monter en chaire, ces jours derniers, pour réchauffer le zèle des ligueurs, et il a fait un discours magnifique où les plus malins n'ont rien compris ; savez-vous ce qu'on disait de lui après l'avoir écouté durant quatre heures?
— Conte-nous cela, mignon, tu entres en verve.
Et Clermont dit ce quatrain :
— Les frères ignorants ont eu i^rande raison De vous faire leur chef, monsieur riliustrissime; Car ceux qui oui ouï votre belle oraison Vous ont bien reconnu pour ignorantissime...
— Assez! assez! s'écria le roi en se pâmant de rire, je ferai graver ces vers en lettres d'or sur la peau tannée de Pellevé, et je veux les envoyer à mon cousin Philippe II, roi des Espagnes ; il verra le cas qu'on fait de ses plus chauds amis.
— A propos de Philippe II, dit Lansac, on assure que ce fourbe vient de verser dans le