CHAPITRE PREMIER
de la foule qui se pressait dans la direction de la porte de Paris, par où la procession de la Ligue devait faire son entrée.
Il était plus de onze heures ; la population d'Étampcs avait déjà déserté la ville, la route était chargée d'une multitude de fanatiques impatients de saluer leurs dieux. Une haute poussière s'étendait au loin dans la campagne et signalait l'approche du cortège. Déjà quelques arquebusiers d'avant-garde , détachés de l'escorte des pèlerins, étaient arrivés aux portes de la ville et avaient mis pied à terre pour laisser souffler leurs chevaux. Les bourgeois faisaient cercle autour de ces soldats et les interrogeaient avec avidité; enfin, un gros de cavalerie apparut, précédant, de cinq cents pas, la croix de Lorraine qui marchait en tête de la procession ; et on entendit distinctement les voix mâles des Jacobins et des Carmes qui entonnaient des chants religieux.
Le chef de ce premier détachement était vêtu d'habits magnifiques ; sa cuirasse dorée jetait d'éblouissantes étincelles ; son maintien était fier et hardi; son cheval, harnaché avec plus de luxe que de goût, était de belle race ; une aigrette de héron se dressait noblement parmi les plumes dont le cimier de son casque était orné, et ce personnage faisait preuve d'un grand talent
d'écuyer, par les courbettes gracieuses et les pas de côté qu'il faisait exécuter à sa monture.
— Est-ce lui? glissa tout bas Venezia à l'oreille de la marquise.
— Non... oh ! non... Mais regarde donc, mon enfant, n'est-ce pas notre pauvre capitaine abandonné à Angers que nous retrouvons ici ?
— C'est lui, répliqua Venezia. Notre homme aura fait fortune quelque part : approchonsnous et questionnons-le !
— Garde-t'en bien , nous serions reconnues, et je veux tout voir, tout entendre, sans être vue.
C'était bien la Gazette, en effet, la Gazette millionnaire, la Gazette qui, ne s'étant pas contenté de sa grosse fortune, avait sollicité et obtenu du duc de Mayenne un poste important dans Paris, un commandement dans les troupes de la Ligue. Il passa près de la Vénitienne et de la gitana sans les regarder , tant il portait le front haut, tant il se gonflait et se pavanait dans son nouveau rôle.
A raidi, la tête de la procession entrait dans la ville, aux acclamations du peuple. A la suite des cavaliers qui, l'arquebuse sur l'épaule, ouvraient la marche , venait la conférie des Jacobins, habillés de robes brunes, les tètes enfouies dans