‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 31 sur 175 · CHAPITRE nr · texte numérisé non relu

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gny derrière une tapisserie, jeta un long manteau sur ses épaules, s'étendit dans un fauteuil, et siffla ses chiens qui, sautant sur ses genoux, l'assaillirent de bruyantes caresses. Puis il dit à Savary qui attendait, avec un grand sérieux, que tout ce cérémonial fût accompli :

— Fais entrer... Mon père, ajouta-t-il en se tournant vers Etienne de Boulogne, son chapelain , nous allons en entendre de belles sur le compte des Parisiens, nos amis.

— Sire, soyez ferme, soyez inébranlable... songez que vous êtes aujourd'hui le plus fort, et que vous devez jiarler en maître.

Savary entra et s'etîaça pour laisser passer la signora Fabiani et Venezia que le lecteur aura déjà reconnues. La marquise ne fit qu'en tremblant ses premiers pas dans cette chambre oîi, après quinze ans, elle revoyait son royal amant. Peut-être y eut-il quelque hésitation dans ce cœur courageux, au moment où le roi, persécuté, pauvre et abandonné, apparut aux yeux étonnés de la Vénitienne, vêtu d'habits splendides, le sourire aux lèvres, la joie sur le front, et occupe à rouler et dérouler, sous ses doigts blancs et roses, les oreilles soyeuses de deux épagneuls. Mais cette hésitation fut bientôt vaincue. La marquise aimait trop ardemment, son dévouement était trop aveugle pour qu'elle donnât tout

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d'abord gain de cause aux ennemis du Valois, pour qu'elle ne crût pas à la calomnie en dépit de la vérité, pour que, sans l'excuser, elle vît une tache dans l'homme qui l'avait séduite.

Venezia éprouvait un sentiment contraire ; avant d'avoir vu Henri III, avant de connaître le rang que tenait le séducteur de sa maîtresse, elle l'avait maudit du plus profond de son cœur, elle n'avait caressé aucune des illusions auxquelles s'était abandonnée sa marraine ; elle n'avait entrepris le long voyage de Venise en France qu'avec le secret pressentiment d'une vengeance qui tôt ou tard devait s'accomplir, et à laquelle tout devait céder. L'histoire de sa famille toujours présente à sa mémoire la dominait, et avec cette opiniâtreté superstitieuse, mais intelligente, des races méridionales, elle rejetait de sa pensée tout espoir de réconciliation entre la victime et son bourreau. Celte âme vierge et puissante ne comprenait pas ([u'une femme pût pardonner l'injure d'un oubli ; la fierté indomptable dont se nourrissait ce sang brûlant ne voulait reconnaître que deux sentiments dans l'amour, le dévouement absolu, prêt à tout péril, à toute abnégation, et la haine jalouse prête à tout éclat. Pour cette volonté de fer, il n'était pas d'obstacle insurmontable, pas de tête assez haute, pas de refuge sacré. Digne fille de Bohême , la gitana

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