‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 32 sur 175 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

eût pris son amant, si son cœur eût parlé, dans le dernier rang du peuj)le aussi bien que sur un trône. Riche ou jjauvre, humble ou puissant, le maître de ce cœur noble et sans tache en eût été le roi absolu.

Venezia n'avait alors que dix-neuf nns; elle avait vécu dans le silence, dans la retraite, côte à côte avec la signora Fabiani qu'elle adorait par sympathie et par reconnaissance. Elle ne connaissait aucune des turpitudes du monde ; tout était nouveau pour elle; et cependant, guidée par sa chasteté, par la rudesse de sa loyauté, par tous ces instincts délicats qui donnent à la femme sur l'homme une supériorité si précoce, elle avait, de tout temps, soupçonné le parjure de ce gentilhomme que pleurait sa maîtresse; elle avait refusé de croire à sa mort, et n'avait attribué son silence qu'à l'oubli et à l'ingratitude... En apprenant que le séducteur de la marquise était ce roi de France que poursuivait l'exécration publique, elle avait éprouvé un frisson de plaisir, car la haine de la Ligue lui paraissait méritée, car elle ne doutait pas de trouver ce roi plus coupable encore qu'on ne le disait, plus odieux, plus méprisable, et, par conséquent, moins digne de sa pitié !

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