LE CADEAU DU ROI
En entrant dans le cabinet du Valois, la gitana attacha ses yeux ardents sur le prince, et il lui suffit d'un seul regard promené de ce visage pâle, de cet homme pusillanime, à son entourage, pour se convaincre de la justesse de ses prévisions. Dona Fabiani, au contraire, fascinée par la vue de l'iJole chérie de ses beaux jours, éprouva un tressaillement délicieux, et son âme enivrée de bonheur ne lui inspira qu'un transport généreux.
— Oh ! oh ! s'écria le Valois, comptez-vous garder longtemps ces vilains masques?... Ne
verrons-nous pas face humaine en tout ceci? De vous deux quelle est l'ambassadrice, sil vous plaît?
— Sire, c'est moi, répondit la marquise d'une voix émue.
Et elle s'approcha du roi, qui lui fit signe de ne pas aller plus loin.
— Qui, vous? car sans visage et sans nom, du diable ! si je vous reconnais.
— Vous me reconnaîtrez, sire, et de visage et de nom, du moins je l'espère... mais...
— Mais?
— Mais je ne peux me nommer et me montrer qu'à vous seul, et je vois ici deux témoins qui sont de trop.
— Parbleu ! voilà qui est parler sans gêne, et on voit aisément que le message vient de la Ligue... Tout beau, Phœbus, dit le roi en donnant une chiquenaude à l'un de ses chiens, vous me mordez les talons , comme notre cousin de Mayenne... Ah çà ! vous avez donc, madame ou mademoiselle, quelque grave confidence à me faire?
— Sire, je dois parler à Votre Majesté d'une affaire qui intéresse à la fois son honneur et...
— Mon honneur ! ceci devient tristement sérieux, ma foi... Mon honneur et?...
— Votre vie, se hâta de répondre Venezia.