‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 35 sur 175 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nions par hasard, lorsque rcttc ville a été envahie par une procession de la Ligue.

— Oui da! et vous avez vu cela? On dit que c'est fort beau et qu'on y vocifère contre nous des horreurs magnifiques. C'est un spectacle dont je voudrais bien me régaler moi-même... Après?

— Sire, vous assistiez à cette cérémonie.

— Vraiment ! et comment cela ?

— En effigie.

— C'est beaucoup d'honneur que nous font nos sujets.

— Je suis heureuse et fière de voir que Votre Majesté traite avec ce dédain les outrages de la populace.

— Les outrages, dites-vous? Contez-nous donc ce qui se passe à ces cohues.

— Sire, on avait dressé un bûcher au milieu de la ville; la procession, ayant en télé la duchesse de Montpensier, les curés de Paris, les jacobins, une foule de bourgeois, de femmes et d'enfants, passa dans toutes les rues encombrées de ligueurs ; partout on saluait ces pèlerins, armés de cierges et marchant nu-pieds, de cris frénétiques contre Votre Majesté, d'injures, de menaces, d'invectives sanglantes et odieuses; les fenêtres de chaque maison étaient pavoisées de flammes chargées de sentences contre votre

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illustre famille, de niensoiigcs contre le roi, de devises flatteuses pour vos ennemis les plus acharnés; dix mille voix demandaient en hurlant votre tête, et si vous fussiez tombé au milieu de ces cannibales, on vous eût mis en pièces et en poussière !

— En pièces et en poussière ! s'écria Henri III, saisi tout à coup d'un transport furieux : les misérables ! les ingrats ! que de sang il me faut verser pour châtier tant de crimes !... Continuez, continuez !... Ce que vous dites est, pardieu, plaisant!

Le roi se leva brusquement, rejeta avec colère, loin de lui, les carlins qu'il tenait sur ses genoux, et se promena à grands pas, dans une violente agitation.

— Alors, reprit la marquise, comme la procession s'était arrêtée devant le bûcher dont je vous ai parlé, un bourreau, un homme à mine farouche et basse, qui portait une bannière noire, vint planter cette bannière sur le bûcher auquel on mit le feu; le voile funèbre qui couvrait la bannière tomba, et une clameur iramense, un enthousiasme horrible, un rire épouvantable, accueillirent l'apparition de votre image auguste, car c'était vous qu'on brûlait, vous, le roi, vous que Dieu a fait le maître et le martyr de ce peuple farouche et révolté.

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