‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 37 sur 175 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dona Fabiani tira dr son sein les lambeaux noircis de la bannière qu'elle y avait caches depuis le jour de la procession, et elle les offrit au roi d'une main ferme.

Henri III, qui n'avait pas écouté ces paroles pleines de dignité, s'élança sur l'objet que lui présentait la marquise, et, en jetant les yeux sur cette toile où ses traits étaient reproduits avec une vérité frappante, il ne mit plus de bornes à sa fureur.

— Voilà donc leur capucin, leur moine! s'écria-t-il ; il est donc vrai qu'ils me traitent ainsi, ce n'était pas un mensonge! « Manet tiliima daustro! » Bla devise outragée, comme mon sceptre, comme mon nom, comme ma personne! Oh ! les misérables ! race abjecte ! ... ah ! que n'aije étouffé tous ces reptiles du même coup! pourquoi me suis-je contenté de couper l'une des têtes de l'hydre de Lorraine? Us m'ont revêtu d'un sac mouillé... les imbéciles! eh bien! ils me verront en cuirasse, et cette cuirasse sera trempée de leur sang!... Paris! Paris! tu n'as donc pas eu assez d'une Saint-Barthélémy, il te faut une Saint-Henri !... par mon patron, tu l'auras et avant peu.

— Bien! mon maître, bien! mon roi..., dit la marquise, réveillez - vous , redevenez vousmême, et que les mains levées contre Votre

Majesté retombent sur les joues de vos ennemis!

— Silence! vipère... Croyez-vous que je sois dupe (le vos trames? pensez-vous que je ne devine pas le rôle que vous êtes venue jouer ici? La Ligue vous a dépêchée vers moi pour que, abrité derrière un faux dévouement, je prête l'oreille à vos prétendues révélations, pour que je tombe dans quelque odieux guet-apens, pour que j'expose l'honneur et la vie de mes troupes, pour que je sois joué, railié, taillé en pièces... assassiné peut être; mais je vois tous vos pièges grossiers... Retirez-vous, et rendez grâce à votre sexe maudit, à votre sexe que j'ai en horreur et mépris, si je ne vous fais pas fouetter et briiler en place publique!

— Sire! s'écria la marquise, vous m'outragez...

Venezia trépignait... ses joues étaient animées, son regard étincelait; elle étouffait sous son masque.

— Je vous ferai fouetter et brûler, répéta le roi hors de lui... Sortez !...

— C'est donc maintenant que je vais me nommer et me montrer, répondit la Vénitienne avec fierté, car il faut que vous retiriez ces paroles indignes du roi de France.

— Il faut ! Ah ! c'est trop d'audace et d'insolence !

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