‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 38 sur 175 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Henri fit un pas vers la l;i|»i,sserie qui innsquait la ))orte du salon où ses mignons achevaient l'orgie.

— Oui, il le faut, s'écria Venezia qui, bondissant près de sa njarraine, fit tomber son masque, et regarda elle-même le roi à visage découvert, avec une expression si sauvage, qu'elle lui fit baisser les yeux.

— Eh bien ! re[)rit le prince, je ne vous connais pas.

— Puisqu'il faut un nom pour aider votre mémoire, reprit l'Italienne avec un suprême dédain qui froissa son cœur et vint mourir sur ses lèvres, ce nom, je vais vous le dire : je m'appelle Fabia Fabiani, je suis la fille du marquis Fabiani. J'arrive de Venise.

— A moi!... cria Henri en se rejetant en arrière... A moi!

Montigny repoussa la tapisserie , et vint se mettre à côté du roi.

— Votre Majesté se souvient-elle à présent? dit la marquise sans s'émouvoir de la présence de ce nouveau personnage.

11 se fit un silence profond, grave, saisissant. Venezia se tenait près de sa maîtresse ; à quelques pas de ces deux femmes courageuses, le roi s'appuyait sur le bras de son gentilhomme.

— Et que me voulez-vous ! dit enfin Henri III ;

VOUS n'avez pas la prétention de devenir reine de France, je suppose? Cela ne se pouirait pas pour deux raisons : d'abord parce que je ne suis pas veuf, ensuite parce que j'ai les femmes en exécration ; je vous l'ai déjà dit. je les confonds toutes dans cette proscription , ma femme légitime tout aussi bien que vous qui avez été ma maîtresse ; encore une fois, que me voulez-vous?

— Rien ! répondit la Vénitienne avec dignité. Je ne vous veux absolument rien.

— Qu'étes-vous donc venue faire ici ?

— Je suis venue me nommer et me montrer. Je suis venue savoir, par moi-même, quel crédit je devais accorder aux bruits qui courent sur votre personne... je suis convaincue... je me retire.

— Oui ! je vous comprends... je reconnais là cette fureur jalouse dont on fait honneur aux Italiennes ; ce que vous êtes venue faire ici, voulez-vous que je le dise? Vous êtes venue tenter de me corrompre au profit de mes ennemis, vous avez espéré, au moyen d'un mensonge insigne, vous emparer de mon cœur ou plutôt de mon caprice, pour me vendre pieds et poings liés à la Ligue; vous êtes furieuse du dédain que je vous ai témoigné depuis quatorze ans, et vous n'avez fait tant de chemin que pour me faire toraberdans un piège ridicule. Eh! pardieu,ma-

Page 1