‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 39 sur 175 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

(lamo, que ne vous contenticz-vous de l'honneur que nous vous avons fait ? que ne vous consolezvous avec la Montpensier qui vous a succédé dans cet honneur? C'eût élé plus sage que de venir m'affronler, que de me mentir par des déclarations, par des récits impudents, par de prétendus dévouements. Ah ! vous voulez que je vous avoue, hautement, devant ma cour; que je vous présente à mes gentilshommes, comme ma dame de beauté?... Vous ne les connaissez donc pas ceux qu'on appelle mes mignons?... Par Notre-Dame, je veux me donner ce divertissement pour combattre la bile que m"a fait faire votre visite... Laissez-moi, et si je vous revois jamais, malheur à vous!... Montigny, fais sortir ces deux femmes... non par cette porte... par celle ci...

Le roi montra du doigt la porte du salon.

Pendant tout le temps qu'il avait parlé, la marquise avait écoulé le prince en silence, le regard levé, le front rayonnant. L'indignation donnait une force surnaturelle à cette fière patricienne, et dans ce moment de suprême amertume, elle se montrait supérieure en énergie à Venezia, qui se sentait prête à défaillir de rage et do douleur!... Montigny souleva la tapisserie, ouvrit la porte et fit passer la marquise et la gitana devant lui.

Épouvantées de se trouver dans ce salon étincelant, et devant tous ces hommes gorgés d'ivresse, Venezia et sa marraine reculèrent; mais le roi, paraissant sur le pas de la porte, les arrêta et dit à voix haute:

— Mes lurons, mes mignons, je vous présente la gracieuse marquise Fabiani, une Vénitienne que j'ai beaucoup aimée, et qui est venue d'Italie pour solliciter Thonneur d'être présentée à la cour de France. Elle est suivie d'une jeune fille avenante et charmante , comme vous voyez : tâchez d'amuser ces deux dames, je vous les donne...

Un cri joyeux et brutal répondit à cette cruelle ironie, la marquise se retourna vers le roi qui avait déjà disparu, et la foudre de son regard revint tomber sur les mignons qui, renversant la table où ils jouaient un jeu effréné, se rangèrent en cercle autour d'elle.

Venezia voulut se placer devant sa marraine, mais la puissance du regard de la marquise était telle, son maintien avait une dignité si imposante, son noble front s'élait redressé avec une majesté si impérieuse, que la Gitana, dominée elle-même par tant de grandeur, se réfugia sous l'aile de cette superbe protectrice.

Les mignons intimidés n'osèrent pas franchir la limite que leur imposaient ce regard de reine

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