CHAPITRE IV
indignée, ces lèvres muelles, mais animées d'un souverain commandement. Montigny passa du côté dos gentilshommes et leur raconta en quelques mots, à demi-voix, la scène qui venait de se passer dans le cabinet du roi.
— Ah ! ce sont des ligueurs ! s'écria le bailli de Clermont, le moins ivre de tous : pardieu ! la [)rise est bonne.
Et il s'approcha de la Vénitienne.
— Moi, j'ai un faible pour les Italiennes, dit François d'O, et je profite de l'occasion.
II avait à peine achevé ce mot, en saisissant le bras de Venezia, qu'il reçut de la jeune fille un soufflet en plein visage.
— Bien riposté ! crièrent en chœur les mignons, la louve se défend! Allons, Chabannes, futur grand veneur, sonne l'hallali!
— Pourquoi m'avez-vous fait abandonner mon poignard? dit tout bas Venezia à la marquise. Nous serions déjà vengées.
— Il le fallait pour aiTiver jusqu'au monstre... Tache de désarmer l'un de ces ivrognes, et tuemoi pour me sauver.
— Que diable ! la belle, il faut prendre son parti, dit le bailli en saisissant la marquise par la tnille; nous ne sommes que dix ou onze ici, fort amoureux de vous : faites votre choix... nous sommes magnanimes.
— Et toi qui as la main si leste, ma luronne, songe que tu m'appartiens, interrompit le baron de Chavigny.
— Messieurs, s'écria Lansac, mettons un peu d'ordre dans celte affaire : je propose que nous jouions aux dés ces deux dames, puis nous nous remettrons à table pour fêter les épousailles et porter la santé du roi.
— Bravo! Les dés ! les dés!... C'est charmant... A la bonne heure ! le roi rira...
Les mignons relevèrent la table de jeu et s'y groupèrent, pendant que la marquise et Venezia, s'approchant du buffet, s'armèrent chacune d'un couteau.
— Maintenant , je ne les crains plus , dit la Vénitienne.
— Oh ! de grâce, chère maîtresse, ne vous hâtez pas d'attenter à vos jours; espérons tout de Dieu que nous prions.
— Rassure-toi, je ne mourrai pas seule.
— Elle est à moi, cria Lansac, à moi, mille diables! cela m'était bien dû, car j'ai perdu pendant toute la soirée.
— A moi la brunette, mordieu ! Nous tâcherons d'adoucir son regard de tigresse, dit à son tour le baron de Chiverny.
— A table, donc et couronnons les fiancées.
— Le preiuier de vous qui dépasse ce gant