CHAPITRE PREMIER. U
leurs sombres capuccs, portant île longs cierges noirs, et marchant sur deux files. Ajx Jacobins succédaient les députations des Seize et des Quarante, enfroqués de noir et armés de cierges blancs. Puis on voyait un homme de haute stature dont le visage taciturne et repoussant, dont les bras nus et rausculeux , les vêtements écariates et les façons grossières trahissaient la condition.
C'était le premier bourreau de la prévôté de Paris. Cet homme que portait un âne faisait face à la queue de sa monture. II tenait, entre ses mains calleuses, la hampe d'une haute bannière qui flottait au vent, couverte d'un voile noir; une étoile d'argent brillait sur le crêpe funèbre de cette bannière, et au-dessous de cette étoile la devise d'Henri III : 't Manet ullima cœlo » était ainsi travestie : u Manet ultima dauslro.
Immédiatement après le bourreau, et à sa gauche, marchaient, en file, les curés de Paris, Aubry Boucher, Guincestre, et le prieur des Jacobins, tandis qu'à sa droite on voyait la duchesse de Montpensier habillée d'un sarrau de grosse laine noire noué à la ceinture par un énorme chapelet auquel étaient suspendus les ciseaux qui devaient, disait-elle, tonsurer le Valois. Comme tous les ligueurs, la duchesse mar. chait pieds nus et un cierge à la main , entou-
10 I.E CHEVAUER DE PAMPELONNE.
réc dïmc vingtaine de gcnlilsliomnies aussi ridiculement travestis ([u'elle.
Après ce groupe, des valets de la prévôté suivaient, portant des instruments de torture sur chacun desquels était écrit le nom d'un des mignons de la cour.
Les pénitents flagellants venaient ensuite, se frappant à coups de corde et de lanières, tachant de sang leurs vêtements gris, et criant avec de lamentables soupirs que leurs tortures ne finiraient qu'avec la mort du vilain Hérode, de 17iérétique, de V apostat. Des enfants étaient mêlés à cette grotesque et odieuse mascarade ; ils portaient des robes blanches et des cierges plus grands qu'eux-mêmes; les corporations fermaient le cortège religieux ; c'étaient les mariniers, les portefaix, les bouchers, les charretiers de Paris et de la banlieue qui, sous leurs toiles blanches ou noires, hurlaient comme des possédés, blasphémaient contre la majesté du Dieu qu'ils prétendaient glorifier en couvrant d'injures cyniques le roi, la cour, les calvinistes et tous les politiques.
Enfin, une forte arrière-garde de piquiers suivait à pas lents cette immense cohue, et contenait à grand'pcine les paysans qui, des champs, les bourgeois qui, de la ville, se précipitaient pour jouir de ce sjjcct.icjc étrange et jeter leurs