‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 42 sur 175 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— Que se passe-t-il donc ici, juadanie?

— Il arrive , monsieur, que la lâcheté du roi de France m'a livrée , sans défense, à la lâcheté de ces misérables, et que je suis prête à mourir, ajouta-t-elle en montrant le couteau qu'elle tenait dans sa main crispée , si l'on met ma liberté au prix de mon déshonneur.

— Vous l'avez entendu, messieurs, dit Pampelonne avec un calme glacial et résolu, en se tournant du côté des mignons ; ceci me paraît parfaitement clair... Madame la marquise, vous pouvez jeter ce couteau qui vous est inutile... tout le monde ici s'incline devant vous.

En achevant ces motS; le Gascon promena un regard ferme et presque provocateur sur le groupe des gentilshommes qui, surpris de cet audacieux aplomb , gardèrent d'abord un profond silence.

— Mesdames, reprit Pampelonne, le passage est libre, et je suis à vos ordres.

— Tout beau, hc! M. le chevalier errant, dit Lansac en s'avançant sur le Gascon : de quel droit vous mêlez-vous de mes affaires? J'ai joué madame aux dés, le diable me l'a fait gagner, le diable ne me Tenlèvera pas.

— La marquise Fabiani est sous ma sauvegarde, elle m'est particulièrement connue et particulièrement recommandée , je ne vous en dirai

pas autre chose, si curieux que vous soyez ; et que je sois, moi, le diable ou non , vous ne toucherez pas le bout de ses doigts.

— Oh! oh! ce défi-là vous coûtera cher, mon bel hérétique !

— Très-bien ! j'entends les demi-mots.

Le Gascon tira un carnet de sa poche, prit un crayon et dit en écrivant :

— Vous vous appelez le marquis de Lansac, n'est-ce pas?... Eh bien! monsieur , vous êtes le premier inscrit... Qui en veut? il y a place pour tous... Ne parlez pas à la fois, je vous prie.

~ Insolent! s'écrièrent les catholiques.

— Ah ! je crois que c'est vous , monsieur, qui avez crié le plus fort... Votre nom, s'il vous plaît.

— Le comte de Montigny...

— Parfaitement; monsieur, vous êtes le second... Allons, courage! j'écris rarement, mais, quand je m'y mets, je ne sais plus m'arrêter.

— Vous en avez plus qu'il ne vous en faut, fanfaron.

— Et de trois... vous êtes le baron de Chiverny, si je ne me trompe... fort bien! Ne vous gênez pas, messieurs, je suis d'assez bonne maison pour prétendre à l'honneur de trouer vos pourpoints... Est-ce tout?...

— Qui vivra verra le reste, dit Montigny.

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