‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 46 sur 175 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

yeux de la belle jeune fille se baissèrent, pour la première fois, devant un regard d'homme; elle sentit palpiter son sein, et une chaleur subite jnontîi de son cœur à son cerveau et l'embrasa.

L'étincelle sacrée que le Créateur glisse, tôt ou tard, mais inévitablement, dans l'âme de ses enfants, alluma un foyer dont les flammes firent une rapide invasion dans cette nature vierge et vigoureuse.

L'homme que la gitana devait aimer était devant elle. Par une de ces rencontres providentielles qui attendent les plus heureux ici-bas , Pampelonne. ce soldat insouciant, brave comme son épée, philosophe et railleur, ce type de la légèreté la plus étourdie , ce dédaigneux coureur d'aventures qui se croyait un cœur si sec à l'endroit de la passion et du sentiment, ce beau jeune homme qui, jusque-là, faisant fi de ses conquêtes , voulait aimer toutes les femmes pour n'en aimeraucune, renia tout à coup ses erreurs, et fut vaincu pardeux yeux noirs, brillant dans l'ombre de la nuit comme deux étoiles au front du ciel.

Mais ce n'était pas un caprice qui terrassait, du même coup , ces deux orgueilleux enfants; orgueilleux, car ils s'étaient vantés de faire mentir cette voix vibrante de la nature , qui crie au fond de tous les cœurs :

« Tu aimeras l »

Non, ce n'était pas un caprice, c'était un sentiment d'estime, c'était une sympathie soudaine. Ces âmes s'étaient éprises Tune de l'autre, parce qu'elles s'étaient devinées, ou plutôt reconnues. Parapelonne jeune, beau, brave jusqu'à l'audace, audacieux jusqu'à la folie, insouciant de l'avenir, toujours satisfait du présent, gai dans les plus grands périls, ingénieux dans les cas les plus difficiles, devait plaire à cette jeune fille qui ne connaissait pas encore le côté sérieux de la vie, à cette jeune fille dont le cœur fougueux et l'ardente imagination ne rêvaient que la liberté de son premier âge, non la liberté dans le sens étroit que lui ont fait les lois et les usages de notre société, mais la liberté de l'oiseau qui fend l'air de son aile capricieuse , choisit sa branche pour dormir, l'air de sa chanson matinale, ses amours aux printemps, et bâtit son nid où bon lui semble !

Et si Pampelonne , blasé sur les artifices des coquettes qu'il avait courtisées , se sentait entraîné vers cette fleur nouvelle et embaumée, c'est qu'il avait respiré ce doux parfum de jeunesse et de candeur, de grâce et de vertu généreuse qu'exhalait l'âme intrépide de la gitana.

Ainsi placés l'un vis-à-vis de l'autre, Pampelonne et Venezia devaient subir l'influence de ce fluide magnétique qui fait du vainqueur un es-

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