CHAPITRE V
clave, et de l'esclave un maître dans cette communion adorable où tout est joie, même les pleurs !
Venezia regardait Pampelonne avec extase, avec respect: elle n'avait jamais vu front plus fier et plus franc. La douce passion qui s'épanouissait dans son âme l'enivrait déjà qu'elle ne s'était pas encore avoué le sujet de ce trouble soudain que ressentait tout son être !
Quant à Pampelonne , il fut de bonne foi ; et en cette occasion , comme toujours , il fut téméraire, car il vit le gouffre fleuri au-dessus duquel flottaient son cœur et sa raison , et sans calculer les dangers de la chute , il ne fit rien pour l'éviter, au contraire 5 il sentit qu'il était vaincu , et il sourit à sa défaite. Ce sourire qui charma le regard effarouché de la gitana fut un aveu , et la belle vierge était trop naïve pour savoir cacher sa réponse.
Aussi, tout fut dit et compris en un instant de silence ; Venezia et le chevalier ne se regardèrent plus que pour lire ensemble au fond de leurs cœurs les pages les plus éloquentes de ce beau livre que tous, hélas! nous fermons trop tôt , et qui a pour litre : Amour et Jeunesse.
— Puisque je n'ai pas le pouvoir de détourner vos projets, reprit la signora Fabiani, veuillez au moins me rassurer sur leurs suites. En sup-
posant que vous sortiez vainqueur de votre folie entreprise, serez-vous à l'abri delà colère du roi?
— Du Valois, non... Mais, ventre-saint-gris! notre Béarnais ne laisse pas ses amis en route , et il me protégera.
— Quoi qu'il vous arrive , monsieur, n'oubliez pas que vous avez en moi un appui ; je retourne à Paris, et si vous avez jamais besoin d'une protectrice chez les ligueurs, j'entends que vous ne vous adressiez qu'à moi, à moi seule. La guerre a des hasards journaliers ; vous pouvez être fait prisonnier, vous pouvez chercher un refuge contre l'ingratitude de ceux qui vous aiment aujourd'hui... Ne doutez de rien; je suis une preuve vivante de cette ingratitude!... Enfin, quoi qu'il vous arrive, venez à moi.
— Je suis confus de tant de bonté, madame, et j'accepte avec reconnaissance cette protection gracieuse que vous m'offrez. Je l'accepte pour deux raisons : d"abord , pai'ce que je devine qu'elle s'adresse autant à mon ami Gourdon qu'à moi, si ce n'est plus...
— Je n'ai pas dit cela...
— Cela ne se dit pas , mais cela s'entend... ou du moins Gourdon l'entendra, soyez-en persuadée.
— Je vous prie, au contraire, de ne rien dire au vicomte de Gourdon qui puisse lui faire croire