CHAPITRE Y
J'avais la plus ferme résolution de profiter de votre bonne grâce et de votre passe-port, ajouta Pampelonne en regardant Venezia tendrement et à la dérobée; maintenant cette résolution est mieux arrêtée que jamais; ce passe-port, je l'accepte avec bonheur.
— Le voilà, dit Venezia.
Et en tendant le blanc seing de la Gazette au Gascon, la gitana, sans la chercher, mais sans trop l'éviter, toucha du bout des doigts la main de Pampelonne ; à ce contact, le feu lui monta au visage, et ses joues s'empourprèrent.
— Mille fois merci ! s'écria le chevalier. 3Iais où vous trouver dans cette giande ville peuplée d'ennemis ?
— Chez madame de Montpensier elle-même, répondit la marquise.
Puis, sans demander au Gascon quelle grave affaire il pouvait avoir à régler avec son ancien guide :
— Veuillez nous conduire à l'hôtellerie de la Couronne, qui est au bout de cette rue, ajoutât-elle; nos chevaux y sont, et vous nous aiderez à franchir les postes qui gardent la ville.
— Volontiers, madame; et quoique je me sépare de vous à regret, je dois songer à regagner mon domicile, où m'attendent sans doute mes épées dorées, mes gentils mignons... Il serait par
trop cavalier de les laisser se morfondre au clair de lune.
La signora Fabiani et Venezia trouvèrent leurs chevaux sellés et leur domestique prêt à partir; elles se mirent en selle; Pampelonne les accompagna jusqu'aux barrières des faubourgs ; là. il baisa la main de la marquise, et comme il approchait de ses lèvres celle de la Gitana, une voix émue , qui retentit au fond de son âme, lui dit:
— Vous triompherez dans le combat qui vous attend, j'en ai l'assurance... Mais viendrez-vous à Paris?... J'en doute...
— Oui, j'irai, murmura Pampelonne en dévorant de baisers la petite main qu'on lui abandonnait, car je vous aime!...
Ce dernier mot s'envola dans le nuage de poussière que souleva le galop du cheval de Venezia qui, devancée par la marquise, s'était précipitée sur ses traces; mais ce mot, harmonie divine dont, pour la première fois, son oreille était frappée, plana dans l'air qu'elle respirait, pendant tout son voyage, et arriva en même temps qu'elle aux portes de Paris.
— Corbeuf ! s'était dit Pampelonne en revenant sur ses pas, du diable si je me comprends ! Me \oilà pris comme un hanneton, comme un héron, comme une buse ! Je n'ai plus le droit de