‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 6 sur 175 · CHAPITRE PREMIER. Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. Il

cris dans cctlc étounlissantc clameur mclce de chants sacrés et de vociféra lions impics.

Une fumée épaisse et mordante planait sur toutes les tètes, les flammes des cierges tourmentées par le vent jetaient des lueurs sinistres sur ces visages trempés de sueui' et animés par une sorte de délire.

Quels temps ! et combien fut coupable le prince dont les vices et la faiblesse causèrent ces furieuses colères, ces tristes emportements ! Certes, on ne peut accuser la Ligue, comme parti, d'avoir poussé le peuple à ces ignobles scandales. La religion était le seul instrument dont pouvaient se servir les factieux, et lalliance de TÉglise et du peuple devait enfanter ces jongleries impies, parce que c'était l'alliance de l'esprit et de la matière, du savoir et de l'ignorance, du pouvoir spirituel et de la crédule superstition. Mais les chefs de la Ligue poussèrent trop loin l'oubli de la majesté divine, et frappant trop fort avec l'arme dont ils se servaient, ils démoralisèrent le peuple tout en l'éclairant sur ses droits, et ils souillèrent le premier berceau de son émancipation en le détournant de la morale chrétienne, qui déteste la violence et prêche le pardon au nom même de la fraternité.

On ne saurait dire jusqu'où allait l'aveugle fureur du clergé de Paris. Le confessionnal était

i2 lE CHEVALIER DE TAMPELOIS^E.

devenu lin lieu de eonléreiue polilique, où le confesseur siinniisçiiit adroilcinent dans les affaires de famille et ordonnait, comme pcnilenc*", d'entrer dans la sainte Ligue. A ceux qui voulaient rester fidèles au roi, ils refusaient l'absolution, faisant ainsi d'un acte religieux un double moyen de corruption et de châtiment.

Aussi que de désolation dans toute la France ! Autorisé par l'exemple des chefs et des prédicants, chacun agissait dans son [>ropre intérêt, et la masse débordait le pouvoir qu'elle voulait établir aussi bien que celui dont elle voulait se débarrasser. De là les sanglants désordres, la famine, la paresse, la misère, les viles industries, la désolation et l'anarchie, qu'a si bien analysés ce pasquil du temps, sous la forme railleuse qu'on donnait alors à toute chose :

Le pauvre peuple endure loul.

Les gens d'armes ravageul loul.

La sainte Eglise paye tout, Les favoris demandent tout.

Le bon roy leur accorde tout , Le parlement vérifie tout. Le chancelier scelle tout.

La reine mère conduit tout, Le pape leur pardonne loul, CliiLût, tout seul, rit de tout, Le diable, à la fin, aura tout.

La procession, après plusieurs pauses, arriva au cœur de la ville.

Page 1