‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 52 sur 175 · CHAPITRE VI, 1Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI, 1Ô

— Après?

— Après, ce gentilhomme m'a donné une poussée dont j'aurai, demain, l'épaule toute bleue assurément... quel poignet, jarni ! et il a bien fallu faire semblant d'aller vous chercher. Je suis donc entré par la porte de votre chambre, et j'en suis sorti par la fenêtre, qui est au rezde-chaussée, laissant ce bourru frapper du talon en vous attendant, et je vous promets qu'il frappe fort.

— C'est le bailli de Clermont, il était moins ivre que les autres, se dit Pampelonne.

— Tenez, monsieur. Dieu me pardonne, le voilà qui vient à vous de ce côté.

Le Gascon s'avança au-devant du cavalier, et, à quatre pas de lui, il s'écria :

— Gourdon !

— Arrive donc, cher introuvable !

Les deux amis se tinrent longtemps embrassés.

— Pardieu ! vous tombez des nues bien à point, vicomte!

— Pourquoi?

— Pour me rendre un tout petit service ?

— De grand cœur... Mais ce service ?

— Oh! une bagatelle...

— Enfin, ne puis-je savoir à quel propos ?...

— Non... La cause est un secret.

108 lE CHEVALIER DE PAMPEL0>5E.

— Encore ! Après trois a ns, toujours le même . . . Ah ! c'est trop fort !

— Peu importe, suivez-moi toujours.

— Où allons-nous si vite ?

— Au cimetière.

— Au: cimetière?

— Oui ; c'est la plus réjouissante aventure.

— Je ne te retrouve pas avec trois ans de plus, mon pauvre Parapelonne, mais avec trois ans de moins.

— Qui sait? je serai peut-être bien vieux dans un moment.

— Comment cela ?

— Il est probable, ou du moins très-possible que je trépasse dans une petite d'heure d'ici.

— Hein !... Et tn dis que l'aventure est gaie?

— Je dis qu'il n'y a rien de triste dans ce monde.

— Va pour le cimetière, entêté ! et Dieu veuille que nous y enterrions ta folie !

— Ce ne serait peut-être pas sage.

— Quand donc aurai-je, avec toi, le dernier mot?

— Quand vous n'aurez pas eu le premier. Je suis discret, vous êtes curieux : je vois que nous n'avons changé de caractère ni l'un ni l'autre, et c'est pardieu! bien fait, car nous nous aimons comme Castor et PoUux, deux maquignons fa-

Page 1